Maniac Story-ep04 : Porté disparu

Bonjour,

Je me relance dans l’histoire de ma première crise maniaque de 2008. Une crise maniaque est une légère (au début), montée en puissance dont l’intensité va dépendre des personnes. La première phase de cette montée s’appelle l’hypomanie, pour faire une simple analogie, on ressent sensiblement les mêmes effets que ceux engendrés par la prise de cocaïne: désinhibition, sur-confiance, sur-créativité, etc.

J’ai commencé mon récit directement lorsque l’hypomanie s’est développée en’hypermanie. Je voulais donc que tu saches qu’avant celle-ci je suis passé par une période d’hypomanie que je ne raconterai pas dans cette « 1ere saison de Maniac Story ». Le délire n’est pas encore présent dans l’hypomanie. Enfin, il n’existe qu’une infime partie de bipolaires qui vivent ces phases de délire, la plupart s’arrête à des phases d’hypomanies.

Trêve de bavardage voilà la suite:

Maniac Story-ep04:  Porté disparu

               L’après midi au centre de loisirs se déroule sans événements extra-ordinaires. C’est comme-ci les enfants avaient permis d’estomper mon délire. Mais il restait là, latent, mon esprit était en fait, déjà, infecté profondément.

                     A la fermeture du centre, les deux responsables du secteur jeunesse, que je connaissais depuis trois ans et avec lesquels j’avais d’excellents rapports, me prirent à part. Ils semblaient très touchés par l’annonce qu’ils allaient me faire. Leurs regards témoignaient d’une grande compassion, mêlés d’un sentiment d’incompréhension. En effet, le patron de toute la structure leur avait donné l’ordre de me donner congé. Ils n’avaient pas eu droit à d’explications.  En fait, la fille dénommée C. dont j’étais amoureux et dont j’avais terrorisé par mon acte d’amour tragique (voir épisode 1), était à l’origine de cette décision. Travaillant dans ce centre de loisirs depuis peu, elle ne pouvait, évidemment concevoir le fait se retrouver face à moi. Ces parents, connaissant indirectement le grand patron, avaient fait pression. Mon dernier jour auprès de ces enfants, que j’ai vu s’épanouir de semaines en semaines pendant trois ans, avait sonné. Ému de l’affection qui transparaissait dans leur annonce, j’acceptai la décision sereinement. En fait, les éclats émotionnelles qui avaient précédés dans la journée avaient épuisé mon stock d’énergie. Je vécu la fin de la journée calmement.

                      J’invitai mes collègues à se poser dans un parc près de chez moi. En guise de pot de départ, un joint ou deux d’herbes, je leurs fis part de mes pensées philosophiques qui prenaient sources dans cette latente folie aux confins de mon esprit. Il s’avérait, par l’expression de mes nouvelles théories, que je ressentais une connexion avec la vérité universelle. L’expérimentation d’une transe nouvelle. Dans ce même moment, je proposai à mon frère de nous rejoindre,  mélanger amis et famille était très inhabituel. Il vint nous rejoindre. Nous rentrâmes, ensuite, à la maison et je continuais de lui livrer les grandes vérités universelles autour d’un jus de pamplemousse qu’il m’offrit gentiment. (Il me confessa deux ans plus tard, que ma mère avait mis un puissant calmant dans ce jus de pamplemousse. Il m’avoua aussi que ma philosophie était étrange mais pas dénuée de sens, par contre mes théories politiques étaient, elles, irrationnelles).

                       Etant donné ma réaction diabolique envers le corps médical plus tôt dans la journée, je ne pouvais accepter de plein grès un médicament. Ils avaient eu raison de ma paranoïa par la ruse. Je me suis réveillé le lendemain après pas moins de quinze heures de sommeil. C’était dimanche. Je suis resté dans état de lobotomie… dur à expliquer. Tu vois, quand on se réveille très difficilement, les premières minutes sont « comatiques »… Bon et bien je suis resté dans ce « coma » jusqu’à la fin de l’après midi. Mon meilleur ami de l’époque vint me rendre visite. Cela me redonna un peu d’énergie. On discuta de choses dont je ne me souvins pas. Mais j’étais conscient de la nécessité de rester à la maison afin de me reposer. Ma mère et le reste de ma famille étaient très surpris par ce qu’il se passait et surtout désemparés face à mon comportement imprévisible. Heureusement, ils avaient l’arme du pamplemousse pour garder un contrôle sur mes « états d’âmes », en attendant une prochaine approche psychiatrique . Me voyant discuter normalement avec mon ami, était une preuve rassurante que mon excès de folie était derrière moi. La présence de mon ami m’avait éclairci l’esprit et je voulu profiter jusqu’au dernier moment de sa compagnie. C’est pourquoi, j’ai convaincu ma mère de me laisser le raccompagner à la gare, en lui promettant de revenir directement après. C’était sincère sur l’instant.

                         Plus, mon ami et moi, s’écartions de la maison, plus mon esprit reprenait de l’activité. Mon énergie remontait. Une sensation de libération proliférait dans mon for intérieur. Si bien que je persuadai mon ami de l’accompagner jusqu’à la station où il devait descendre pour rentrer chez lui, en prétextant le besoin d’acheter des cigarettes. Il accepta à contre-cœur (des mois plus tard, il me révéla qu’il s’en voulait de m’avoir laisser partir). Une fois séparés,  je lui ayant promis de rentrer chez moi (là, c’était moins sincère), je demeurai seul face à moi-même, face à mon esprit qui n’avait pas fini de me jouer des tours…

                       Je regardai autour de moi : les passants,  les phares des voitures, les panneaux de signalisation, tout me faisait signe d’aller quelque part. Ce quelque part n’était pas le domicile familiale, où ma mère souffrait déjà d’impatience face à mon hypothétique retour… Moins d’une heure plus tard, mon père était au commissariat et établissait le procès verbal déclarant ma disparition.

A suivre

Aux lecteurs de cette série,

                     Je m’excuse si les épisodes ne sont pas assez longs et pas assez rapprochés entre eux. Si cela ressemble à une simple histoire, en réalité, c’est un exercice particulier pour moi de la raconter. J’écris dans cette section, une expérience « irrationnelle » que j’ai vécu. Il m’est difficile de mettre des mots sur des sensations pas communes. Celle-ci date de 2008, plusieurs autres ont survenu depuis, et pourtant c’est encore très présent à l’esprit. Je ne suis pas le seul à avoir vécu ce genre d’aventures. Je veux d’ailleurs dédier ce texte à Joel à qui, je m’engage à publier le prochain épisode avant le 17 janvier ;).

Bon Week-End.

Prochain épisode :Maniac Story-ep05: Les Anges

Précédents épisodes : Maniac Story-ep01 : Je t’aime à la folie

                                            Maniac Story-ep02 : L’exorciste

                                            Maniac Story-ep03 : Parano

Merci pour votre fidélité,

W.

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