Les jolies colonies de vacances 1.1

Si tu sors tout juste d’hospitalisation et que cela a été une épreuve difficile, cet article et les prochains de cette série risque de remuer des choses désagréables en toi, c’est pourquoi je te préviens. Cet article n’est pas seulement écrit pour mes collègues psychotiques en nostalgie du bon temps mais pour tout ceux qui sont curieux de savoir ce qui se passe derrière les murs des hôpitaux psychiatriques. Evidemment, n’ayant pas testé tous les asiles de France, tu ne te retrouveras peut être pas dans tout ce que je vais écrire là. Ayant échangé largement sur ce sujet avec d’autres anciens pensionnaires de différents hôpitaux,  je sais néanmoins que, dans la globalité, ce que je t’écris aujourd’hui est révélateur de ce qui se passe « chez les fous » (Comme M6 avait titré son émission; sympa…).

Aujourd’hui je te parlerai de l’USI d’un hôpital psy dans lequel je suis resté un mois à la suite de ma dernière crise évoquée dans l’onglet : Je m’appelle.

USI veut dire Unité de Soins Intensifs. Des soins si intensifs, que je dois être un des rares capable, après ces soins, de m’exprimer clairement à l’écrit. Nous devions pas être plus de vingt patients dans ce service, la majorité d’entre nous étions même très patient au vue du très faible nombre de libération dont j’ai été témoin. D’ailleurs s’il y en a eu c’était pour 95 % des mutations dans d’autres établissements dont des prisons. En effet, il y en avait certain qui étaient des prisonniers en escale en psychiatrie pour se voir poser un diagnostic qui pourrait peut être excuser certains de leurs délits ou crimes. Il y avait aussi une équipe tournante d’environ quatre infirmiers plus ceux de gardes la nuit, et le précieux psychiatre si épanoui par ce fabuleux travail.

Etant particulièrement sonné, je ne garantis pas l’exactitude de ce que j’avance ici.

Description des lieux. Tout était au rez de chaussée, enfin je dirai plus au rez de notre cour puisqu’il nous était impossible de savoir où était la plus proche rue d’où nous étions. Je savais que j’étais en périphérie de Montpellier, mais à part ça tout était conçu de manière que je me sentais isolé de toute civilisation normale. Il y avait une salle commune assez grande pour pouvoir mettre une table de ping pong et avoir un minimum d’espace pour y jouer. C’était une salle ouverte d’un côté sur la cour, et d’un autre côté sur, un couloir menant vers les autres services et la sortie, un autre menant aux chambres et au milieu les boxs des infirmiers, et du psychiatre. Il y avait enfin une petite ouverture sur le réfectoire bien sûr. Dans cet espace commun était aligné d’un côté, une rangée d’une dizaine de chaises et en face rien, mis à part une télévision en haut à droite lorsque l’on regardait depuis les chaises. Les chambres étaient dans un bâtiment connexe. Curieux bâtiment : c’était un carré avec au milieu une cour dans laquelle on ne pouvait accéder. Un couloir dessinait ce carré, on pouvait faire le tour avec, à notre gauche cet cour elle aussi enfermée, à notre droite toutes les chambres bordants ce carré, il y en avait environ vingt, je crois. Toutes individuelles.

Je ne suis pas doué pour les descriptions, je finirais pas notre chère petite cour où l’herbe peinait à pousser et où un seul et unique petit arbre s’élançait. Ah oui, bien sûr, notre jardin était encadré de hauts murs.

Le déroulement d’une journée était très simple et parfaitement minuté. Evidemment, nous ne pouvions pas circulé librement dans notre domaine. Il y avait les heures de réfectoires, les heures de salles communes, les heures de chambre, les heures de récréation et bien sûr les heures de traitement. Cela ne va s’en dire que nous étions toujours dans l’attente de la prochaine heure afin de pouvoir se libérer de l’emprisonnement présent.

La nuit… Eh ben, c’était le moment au sommet de la solitude. Dès lors que j’avais trouvé le sommeil et vivais un instant de liberté dans mes rêves ou plutôt cauchemars, une lumière aveuglante rappelait ma condition. Tous les matins vers cinq heures du matin, un infirmier faisait sa ronde et dans chaque chambre allumait sa méga torche dans nos visages ensommeillés. Pourquoi? Je cherche encore. Voilà la première douceur qui sévit dans ce lieu.

En fait, c’est assez pénible comme témoignage, je ferai plusieurs parties pour ce même sujet, tu m’en excuseras.

Suite: Les jolies colonies de vacances 1.2

A bientôt,

W.

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3 responses to “Les jolies colonies de vacances 1.1

  • Thaloue.

    Quelle horreur…
    Dans le même genre, j’ai pas mal aussi…
    J’ai accepté d’être hospitalisée pour passer du dépakote au lamotrigine (2 thymorégulateurs, le second est à prescrire à dose de + en + forte et lentement car il y a risque de réactions cutanées…!!!).
    Me voilà à l’hôpital Beaujon à Clichy….Un escalier extérieur en colimaçon pour atteindre le couloir, le très grand couloir menant au hall d’entrée de l’hôpital, et une porte à gauche : entrée du secteur psychiatrique…Je n’étais pas en crise, ni déprimée…juste un changement de traitement sous contrôle : fallait être folle pour le coup…
    Le 1er mois, nickel, les 20 chambres sont autour d’une petite cour intérieure avec des arbres caoutchouc qui avaient du être beaux, et un oval de table, pour manger, jouer au scrabble, faire du coloriage….Fut un temps, il y avait une ergothérapeute, mais ce doit être réservé maintenant aux cliniques…Une diététicienne est passée me voir, super, je vais manger light, faire un régime ! mais light en hopital c’est poisson nature avec légumes tous les jours…..Après 2 mois, j’en pouvais plus et enviais la purée du voisin….
    Belles rencontres avec des malades intéressants, on papote , on fait des mots croisés…On va jusqu’à la caféteria du hall de l’hopital, super, on prend un café, on fume la clope….super….Bin oui mais, les malades, ça s’en va et ça revient…Je les vois partir les uns après les autres , et moi je suis toujours là, en novembre, en décembre, à Noël….et je n’ai jamais de visite car Paris est trop loin de mes amies…
    Le grand ponte a eu l’idée géniale de m’arrêter mon anti dépresseur car le lamotrigine ferait office d’antidépresseur…
    Me voilà donc de « sortie » pour Noël pour le WE, chez mon ami, avec mon père qui est venu du Loir et Cher pour me changer les idées, pour Noël….
    et je suis incapable de sourire, je vomis mon café dès le matin, je ne peux rien manger, je n’ai plus de vie, quand débute le matin, les bouffées d’angoisse me submergent, je renais vers 17h, quand je sais qu’on va bientôt aller se coucher…J’ai honte de ne pas réussir à profiter de mon père, je me sens si mal, mon ami m’engueule car je n’ai plus aucune initiative, je suis comme un petit enfant qui voudrait bien aider mais qui a peur de mal faire, et lui de dire « tu pourrais faire un effort… »!
    Je reviens du WE à l’hôpital, je suis en vrac, mal, si mal…
    Et là, on apprend la nouvelle : le secteur psy de Beaujon va fermer !!! Les conséquences sont énormes : je me retrouve toute seule dans ce service avec un petit vieux qu’on transporte de sa chambre à la table pour manger, et qu’on remmène dans sa chambre, il est incontinent, les infirmiers font même plus gaffe à lui; une jeune fille suicidaire est arrivée aussi, elle n’est pas bien du tout, tombe évanouie….Nous restons donc 3 pour 20 lits…Les infirmiers n’en ont plus rien à foutre de nous, ils discutent du prochain poste qu’on leur a proposé, où ils vont être mutés, les avantages qu’ils auront et ce qu’ils vont perdre….Alors je fume, je lis, je regarde mon mur blanc (hum…) de chambre, je pleure en me demandant franchement ce que je fous là, comment j’ai pu en arriver là….
    Et le service ferme en février !!!! 5 mois après le début de mon hospitalisation….Enfin je peux sortir !!! Normal !!!!!
    Je suis une loque !!! Le lamotrigine ne me fait ni chaud ni froid…Je vivotte chez mon ami, je me fais des listes de choses à faire, que je barre les unes après les autres, mais je suis mal, j’ai encore beaucoup de bouffées d’angoisse. Mon ami m’oblige à manger ou me réapprend : il me cuit des pates que j’avale tout rond, sans mâcher (il m’a menacée de me faire réhospitaliser à l’hôpital de Clermont si je mange pas).
    Début mars, dernière visite chez le grand ponte professeur psy à Beaujon : je lui dis que je suis mal, que j’en peux plus, que je voudrais qu’il me represcrive mon antidépresseur, histoire que je souffle un peu…Il accepte à contre cœur, il me l’avait si souvent refusé, mais il se barre alors il doit se dire « et puis merde, j’vais lui donner son antidépresseur, de toutes façons, après je la revois plus…. »…
    Et oui, je l’ai pas revu, mais en plus , le moral est revenu….Doucement, l’énergie a refait surface, les idées noires ont disparu et les angoisses aussi.
    Quand je repense à cette hospitalisation, ce fut tellement serein au début et si terrible à la fin, je ressens encore chaque état d’âme que j’ai pu vivre, c’est fou comme le corps et l’esprit conservent la mémoire de nos douleurs et de nos plaisirs….

    J’attends la suite de ton récit sur ton séjour en hôpital psy, mais je me dis que cela doit être encore douloureux, moi c’est un cauchemar que je ne souhaite à personne et pourtant je pouvais sortir fumer, boire un café à la caféteria quand j’avais des sous, mais pas de visite, pas de téléphone au début…
    Thaloue.

  • elise9

    Merci W. et Thaloue de témoigner sur les conditions déplorables d’hospitalisation psychiatriques.
    De partager votre coeur d’humain aussi. Et quel magnifique coeur ! Empli d’un amour immense qui cherche à s’exprimer !
    Avons-nous oublié que les « malades » psychiatriques sont des humains…?

    Moi, je les ai vécues de l’extérieur, alors que je rendais visite à ma maman hospitalisée à plusieurs reprises tout au long de sa vie, pour tentatives de suicide ou délire.
    Des zombies, des cris, des hurlement de détresse et de douleur qui vous transpercent le cœur, de voir autant de souffrance bâillonnée, non accueillie, non entendue…
    Je me souviens de ces malades qui venaient autour de moi avec un grand sourire me caresser, me disant que j’étais jolie ! J’avais un peu peur aussi mais je pouvais sentir leur cœur pur.
    Je ne comprenais pas, avec mon cœur d’enfant, simple et évident que l’on puisse faire cela à d’autres humains, comme moi, comme ma maman.
    Alors qu’était prise la décision en famille d’interner ma maman, je pleurais de rage tout en me demandant ce que nous pouvions faire d’autre, risquant de la perdre à chaque instant. J’en verse encore des larmes, non plus de souffrance mais des larmes d’éveil, d’un réveil lumineux et éclairant.

    Cela doit changer, cela va changer, sûrement grâce à vous, grâce à toi W., réveillez-vous ! Eveillez-vous !
    Tournez-vous vers ces personnes qui vous proposeront écoute, empathie et des solutions, des vraies, ces personnes-là existent, même si elles sont difficiles à trouver.
    Faites grandir l’amour pour vous et autour de vous, faites vous confiance, non dans ces moments de crises où votre raison dérape, mais dans ces moments d’accalmie où vous sentez votre trésor, où vous sentez que tout est possible.
    Tout est possible, oui !
    Votre guérison, votre éveil, le changement du monde !

    Je vous embrasse tous avec amour, êtres souffrants mais vous éveillant, lentement, d’un long cauchemar.

  • bipohypermaniac

    Bonjour,
    Merci Thaloue pour ce long et précieux témoignage… 5 mois, quelle courage d’en sortir « vivante » et surtout d’avoir pu trouver un tel équilibre aujourd’hui qui était inespéré au temps de ton hospitalisation. Bravo.
    Comme toi, mon récit démontre à tous ceux qui sont passés, passent, et passeront par cette étape qu’il y a l’espoir d’une vie meilleure après.
    Car beaucoup de nous devons passer par la souffrance avant d’atteindre une résilience puis une délivrance.

    Elise, je te remercie pour ce message empoisonné d’espoir. Tu as raison, nous autres qui sommes sur le chemin de cette victoire personnelle, nous devons répandre notre récit afin qu’à notre tour on éclabousse d’espoir ceux qui en ont besoin à l’instar de l’Amour qu’il nous a été donné autrefois pour que nous nous en sortions.

    W.

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