Les jolies colonies de vacances 1.2

Précédemment Les jolies colonies de vacances 1.1

Retour sur le récit de mon hospitalisation en USI (unité de soins intensifs) dans un hôpital psychiatrique dans l’agglomération de Montpellier.

05:00  réveil brutal par l’infirmier et sa lampe torche (voir 1.1)

06:00 impossible de se rendormir, l’espace de liberté qu’abrite le sommeil est terminé ; un nouveau jour d’enfermement, d’attente irrationnelle de ma libération commence. Aucun aspect de la journée n’éveille ne saurait-ce qu’un soupçon de désir de vivre. Je sors dans le couloir et comme tous les matins, je vois mon compagnon d’infortune, Abdel. Un grand nounours à la peau mate à mes yeux ; un grand costaux criminel déséquilibré aux yeux de la société. Comme à notre habitude, on tue l’aurore à marcher en rond dans le bâtiment des chambres, ou plutôt, on tourne en carré. On ne parle pas, à vrai dire, même si nous étions meilleurs amis-détenus, je n’ai pas de réels souvenirs de conversation avec lui. Alors, on se « check », instant intense. Ces salutations matinales avec Abdel, avec toutes ses gestuelles symboliques, étaient des expressions fraternelles, amicales, solidaires. Dans chaque « poignée de main » résidait des « Salut mon frère…grâce à toi, je ne suis plus seul…je te suis reconnaissant de l’attention que tu me portes…restons ensemble…tu es mon compagnons de misère…nous souffrons tout les deux…il ne reste, pour survivre, qu’à nous aimer… », voilà ce que l’on ressentait inconsciemment tout les deux. Un tour, deux tours, trois tours, quatre tours… nous marchions ensemble tout les deux dans notre complet-veston deux pièces d’un turquoise déprimé. Aux pieds, lui, de grosses baskets pour son gros corps et moi une paire d’occasion prêté par le service (à vrai dire, je suis arrivé à l’hôpital qu’avec une seule chaussure, j’ai perdu l’autre en sortant de mon « feu de joie ». Je me rappelle avoir déambulé, escorté par Dupont et Dupont entre commissariat-garde à vue-désintoxication-commissariat-garde à vue-camion de pompiers-et enfin l’USI tout ça avec un pied en chaussure et l’autre en chaussette, pathétique! Bref, et évidemment nos chaussures n’avaient pas de lacets. A part quelques paroles machinales, j’entendaient surtout sa respiration atypique qui décrivait bien ce qu’il se passait dans sa tête. En fait, Abdel était le cliché parfait du gros méchant balaise mais totalement simplet au grand cœur. Même si j’ai oublié son prénom, je me souviendrai toujours de ce type, paradoxalement, mystérieux.

Tu te rendras vite compte qu’un certain grand amour, une certain grande fraternité et une certaine cohésion existait entre nous, enfin « nous » : c’était un groupe de 4-5 personnes qui avaient l’aptitude minimale à la sociabilisation.

07:00 Abdel et moi rentrons dans notre chambre pour tenter de dormir en attendant le petit déjeuner

8:30 petit déjeuner… Quelqu’un de doué pourrait écrire tout un bouquin sur les repas en psychiatrie. Pour l’instant je te dirais seulement que la cantine de mon collège, dont tout le monde se plaignait dans le passé à juste titre, était le Fouquet’s comparé à la nourriture de l’USI. Et deux choses me frappent encore : la surveillance de sentinelle qu’effectuait nos matons en blouse blanche pendant les repas. C’était toujours toute une grande stratégie, étudiée à l’avance, pour que je puisse refiler mes yaourts (j’aime pas les yaourts) au Maître (autre personnage énigmatique avec lequel j’ai passé la plupart de mon temps) sans qu’un infirmier me repris sèchement (à l’instar de la première fois où je pensais naïvement que l’on pouvait partager). La deuxième chose c’était que la moindre composante de notre repas était scellée dans une barquette plastique. Enfin il n’y avait aucune fenêtre dans le réfectoire. Moi qui est rédigé des fonctionnements pédagogiques pour les temps de repas en colonie de vacances en tant que directeur, je pourrais énoncer ces temps là vécu en psychiatrie pour mettre au point un thème « dîner dans un asile » au sein d’une colo. Bon, je m’égare!

9:30 chambre, toilette.

10:00 fermeture du bâtiment dortoir. Ouverture pendant 20 minutes de la cour pour que le troupeau puisse paître dans son enclos emmuré (voir 1.1). Il n’y avait pas un patient qui ne fumait pas. Juste avant l’ouverture de la cour, tout le monde faisait la queue pour pouvoir récupérer son tabac auprès des infirmiers. J’ai toujours une blague à tabac sur laquelle est collée une vignette portant mon nom et mon numéro. Tout était noté. Ensuite dehors, nous allions tous demander un par un à l’infirmier qu’il ait la gentillesse de nous donner du feu pour allumer nos cigarettes. En pensant aussi à nos cousins en prison, ce serait peut être le bon endroit pour écrire un Apologie au tabac.

Allez, ça suffit pour aujourd’hui.

Ps: Si jamais un de mes anciens tortionnaires tombent sur cet article, je précise que bien sûr, tout cela ne sort que de mon imagination. Même si une sorte de diable vous habite pour pouvoir faire ce travail, évidemment je vous pardonne, vous n’êtes que des petites faibles victimes du système.

A bientôt,

W.

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One response to “Les jolies colonies de vacances 1.2

  • Thaloue.

    Eh oui, un « bipolaire » hospitalisé voit sa vie rythmée par les instants « fumoir »…Je vous dirais que les personnes dépressives vivent la même chose; allez savoir pourquoi, ceux qui souffrent psychiquement sont accros à cette cigarette : instant de détente, plaisir d’un moment instantané…Hospitalisée, j’avais libre accès au hall où on pouvait fumer, dans la journée mais piétinais en attendant l’infirmière qui ouvrait les portes à 21h15 pour la dernière cigarette du soir, et le matin, je tirais la langue en attendant 7h pour fumer la 1ère…Esclave j’étais…
    Seulement voilà, j’ai fait le point avec un pneumologue : non seulement je me ruine financièrement, mais j’ai perdu 30% de souffle et débute une bronchite chronique : cette maladie augmente avec le temps exponentiellement…
    J’ai donc une amie qui m’a fait un très beau cadeau : elle m’a offert une cigarette électronique. Une batterie (1000 ou 1100 pour durer plus longtemps), un réservoir Vivinova pour une fumée dense et abondante, des parfums à n’en plus finir et des dosages en nicotine variables. En gros, un investissement de départ d’environ 35 euros, et le liquide vaut ensuite 5,50 €, et dure quasi une semaine.
    Bref, on fait des économies, ça pue plus, on garde les dents blanches, on peut fumer chez soi ou dans la voiture…
    J’y croyais pas, et suis maintenant convaincue…Je n’ai pas d’actions dans la boîte qui les fabriquent, je vous propose juste d’essayer (c’est possible dans les boutiques) et peut-être que vous deviendrez adeptes aussi…
    Thaloue.

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