Maniac Story ep19 Un cent mètre infernal

Ceci est la suite de l’épisode : Maniac Storyep18 Je suis un prophète

Je gardai tout de même en mémoire le prochain rendez-vous avec le groupe qui me ferait échapper de ce parc. Parc qui n’avait plus du tout le gout magique et merveilleux. Il me fallait sortir de ce celui-ci et marcher une centaine de mètres pour rejoindre les autres. Ce fut les cents mètres les plus longs de ma vie. Entamant la distance qui me séparait des autres, je ne glissai plus dans cette spirale infernale mais l’intérieur de ma tête s’était simplement transformé en une sorte d’enfer. Concrètement, j’étais à un degré de fragilité extrême. Les nombreux passants, le bruit des voitures, la chaleur et tout le reste qui faisaient partie de cette rue rendirent mon avancée très pénible. Ce n’était pas une douleur physique mais une souffrance psychologique ou psychique. C’est difficile de te donner les bons mots pour décrire cette scène. Je me rappelle d’être en train de marcher très lentement en regardant et comptant par moment mes pas. Dans mon esprit, c’était les montagnes russes, je devais marquer une pause tous les trois mètres et toucher un mur, un poteau ou n’importe quoi qui pourrait me rassurer. J’évoluai dans une souffrance irrationnelle, toucher sans cesse quelque chose du monde réel me permettait simplement de ne pas m’évanouir. J’aurai pu me laisser aller, tomber pour qu’on m’aide mais, instinctivement, je voulais résister. Le tercian pris dans le parc avant ma chevauchée héroïque faisait aussi son effet. J’étais affaibli physiquement, sonné même, ce qui ne facilitait pas ma marche vers l’avant. Pour me donner du courage je me chantais à moi même « Every little thing is gonna be all right » de Three little birds Bob Marley, et me répétais des citations que j’avais inventé moi même et écrite quelques minutes plutôt sur la pelouse  dans un carnet. Je m’étais créer instinctivement une discipline pour traverser cette épreuve. A bout de vie, je rejoignis le groupe en utilisant mes dernières forces pour feindre ma faiblesse totale.

Au programme juste après : ballade en bateau sur la Thames. La retranscription de ce moment va être très rapide. Je me souviens être entré dans la partie intérieure du bateau et m’être allongé. « On y va! » me déclara d’un coup la maire adjointe de Vitry.( Oui, je me ne me souviens qu’à l’instant qu’une délégation de la mairie était venue voir comment se passait la colo en terre anglaise et donc, la maire adjointe nous accompagnait à Londres). Bref! Durant quelques secondes, j’avais perdu tous repères spatiaux temporels, j’étais dans la plus complète incompréhension de ce qui se passait ici bas sur Terre. Je mis plusieurs minutes pour comprendre que j’étais tomber dans un sommeil si profond aussitôt allongé sur une banquette du bateau que je pensai que la balade n’avait pas encore débuté lorsque la maire adjointe intervint. Il s’était donc passé plus d’une heure là où je pensais que mes yeux ne s’étaient fermés que deux secondes. Bref! j’étais complètement zombifié. Ce n’est que l’effet de 100 mg de Tercian. Essayes 20 mg et tu pourras te rendre compte si tu veux. Je me suis donc traîné jusqu’au retour le soir au campus. Cette balade dans les étoiles les plus lointaines durant l’excursion sur la Thames du groupe m’a tout de même permis de rompre avec l’atrocité que souffrit mon esprit durant ce mémorable après midi d’août à Londres.

Dans la même lignée, j’ai passé la soirée au campus sonné. Je me souviens du cinquième dans la pièce réservée au staff de toutes les colos. Un joli metlting pot international d’animateurs. (Dans l’animation, on appelle le cinquième repas celui qui est partagé entre adultes une fois les colons couchés. C’est un moment de détente qui peut prendre de multiples formes différentes selon les animateurs et selon la colo. Il peut être simple, animé de jeux, alcoolisés, festifs et c’est le moment ou des rapprochements entre animateurs s’effectuent. «Ce qui se passe en colo reste en colo » selon le vieil adage… )Bref, l’animation de cette dernière soirée, pour moi étant donné que ma mère venait me chercher le lendemain, s’articula autour d’un grand monsieur ayant longtemps œuvré pour la jeunesse de Vitry. Il siégeait dans le fauteuil centrale de la pièce et nous racontait tel un parrain de l’animation multiples histoires et conseils.J’écris « grand monsieur » car tout le monde l’écoutait comme s’il détenait une certaine vérité. Pour ma part, le Tercian toujours actif, je ne pouvais pas faire grand chose d’autres que rester assis. Je n’étais pas encore remis de cette rude journée, j’étais incapable de penser quoi que soit sur ce qu’il m’était arrivé. J’étais encore sous le choc et cela dura jusqu’à la venue de ma mère le lendemain matin.

A suivre évidemment.

W

Prochain épisode : Maniac Story-ep20 Torrent de larmes

Début de la saison 3 : Maniac Story-ep 16 Season 3

Début du récit Maniac Story : Maniac Story-ep01 Je t’aime à la folie

A bientôt,

W.

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9 responses to “Maniac Story ep19 Un cent mètre infernal

  • mke06

    Et les autres autour de toi ont-ils perçu quelque chose de ce que tu vivais ?

    • bipohypermaniac

      Je ne pense pas, c’était une grande rue pleine de passants anonymes. Vu de l’extérieur, je devais marcher lentement en faisant des pauses. Mais toute la souffrance était intérieur.
      🙂
      W.

      • mke06

        Et les gens qui travaillaient avec toi ?

      • bipohypermaniac

        C’est monté petit à petit à partir du début de la colo. C’était comme si j’étais de meilleur en meilleur humeur. Les jeunes et les collègues se sont fait emporté par cette bonne humeur. Il y avait vraiment un climat d’amour magique sur le campus.
        Et puis dans ma tête ça monté de plus en plus et la psychose s’installai petit à petit. Mais je le gardai pour moi. Ca ne se voyait pas. Lorsqu’ils ont su que je devais arrêter ils l’ont pris comme quoi j’étais très fatigué mais ils ne connaîtront jamais la vraie histoire.
        😉
        W.

  • Thaloue

    Quelle redescente aux enfers ! Cela m’épate de remarquer que tu gères le tercian… Ce sont toujours infirmiers ou ex qui me le donnait, tellement ce médicament est puissant…
    Chapeau.
    Thaloue

  • thierry C

    je découvre ce blog (via l’association Argos 2001), et j’admire la façon dont tu décris bien précisément les choses, le « ressenti », le point de vue bizarre que l’on a et qui nous submerge lors de ces moments-là – la « distorsion » subjective des distances, le besoin de se rattraper aux objets, le temps infini à faire des choses pourtant simples… on est quelques uns à savoir à quel point c’est pénible! parfois on réussit à donner le change, mais pas toujours!

  • thierry C

    En fait, si je me souviens bien, c’est par l’intermédiaire du compte Twitter d’Argos, qui recense un peu et renvoie à tout ce qui concerne le sujet. Si je me souviens bien… mais en fait je ne me souviens pas bien! Sauf que c’était dans une vidéo (où W., ta personne) apparaissait, ça c’est certain.

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