Ma grande dépression 2008-2009

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Ma grande Dépression de 2008

Il y a eu un temps de soulagement après la sortie de l’asile en juin 2008. J’étais sorti de l’enfer et j’avais retrouvé ma famille et toute la sécurité affective dont j’avais besoin. En fait, je n’ai pas en mémoire le retour chez moi, cela devait être un sentiment si extra-ordinaire que ma sérénité (relative) d’aujourd’hui ne parvient à en saisir les sensations. Un autre vide existentiel mais celui là est de toute autre nature, j’étais libre!

Très rapidement après ma sortie, à la fin de l’été, j’étais pris par l’ampleur de mon désastre. Cette crise maniaque, à l’époque reconnue comme bouffée délirante, m’avait profondément perturbé. Je ne savais plus qui j’étais. Je plongeai dans les méandres des questions existentielles… quelle est ma place sur Terre? Qui suis-je? Pourquoi vivre?

Ce premier épisode maniaque s’étant passé en juin à la fin de ma deuxième année en école de commerce. Je devais, en septembre, logiquement entamé ma troisième année. Malgré cette mélancolie profonde et nouvelle pour moi je repris les cours.

Dés la rentrée, la routine au sein de cette école qui avait été plus que supportable pendant les deux premières années s’avéra totalement différente. Les couleurs des murs, des cours, de mes camarades avaient changées. Tout était devenu gris. Mon cerveau lui aussi ne fonctionnait plus de la même manière. Là où il voyait du jaune, du vert, du bleu, il ne percevait que le noir et le blanc. Dans cette école, en troisième année, plusieurs cours étaient désormais enseignés en anglais. Moi, à moitié britannique, aurait du avoir un net avantage sur les autres, non, je vécu cette nouvelle difficulté comme un nouvel obstacle infranchissable. Je vivais une réelle dépression. Je n’avais plus de forces, plus d’énergies.

Les cadres de l’école avaient beau être compréhensifs et patients par rapport à mon état de santé, je ne pouvais plus combattre. Je capitulai et commença pour moi une nouvelle période, tout aussi inconnue, celle de rester chez soi et se laisser emporter dans une spirale mélancolique. Je n’avais plus aucun goût en la vie.

J’étais toujours suivi par le psychiatre de l’asile qui m’avait récupéré après ma crise de juin 2008. Il me prescrit toute une batterie d’antidépresseurs qui furent inefficace. Alors, la décision fut prise que j’aille tous les jours dans le CMP proche de l’HP pour subir une perfusion d’une heure d’un antidépresseur dont j’ai oublié le nom. « Subir » car je me rappelle qu’à cette période là, assis attendant la fin de chaque perfusions, que la vie n’avait plus aucune consistance. J’étais incapable de me projeter, l’insignifiance de toutes choses s’étaient enracinées profondément dans mon esprit.

Chez moi, les journées n’étaient que des petits enfers qui se suivaient. Je me souviens seulement de mon lit. Je restais allongé sans pensées ni espoirs. Je ne pleurais pas. Rien ne se passait. 

Les repas étaient comme un oasis dans le désert quotidien. Evidemment, je ne parlais pas mais j’appréciais ce moment où j’étais entouré par ma famille, je me laissais porter par cette énergie bienveillante qui, durant trente minutes, me donnaient un peu d’oxygène. J’étais incapable de leur exprimer ce que je ressentais, alors j’endurais seul la terrible séparation après chaque repas et replongeais dans mon monde vide allongé sur mon lit. En réalité, le but de ma vie reposait dans l’attente de ces repas et des soirées.

Le soir j’étais « en forme ». Durant plusieurs mois, j’adoptais le même rituel : celui de me mettre en pyjama juste après le dîner et puis revenir dans le salon regarder la télé allongé sur le canapé. Cela a duré presque six mois et je n’ai que ce souvenir de vie. A l’écrire, mes yeux picotent et des petites gouttes de larmes flouent la vue de mon écran. Pourquoi suis-je émue? Peut-être parce que je suis sorti de mon enfer. C’est aussi surement des larmes d’amours pour ceux qui m’entouraient à l’époque. Aussi parce que je relativise et je ne peux être qu’heureux aujourd’hui en prenant ce recul. Ce sont peut être des larmes de joie qui précédent quelques sanglots retenus naturellement pour je ne sais quelle raison.

Si tu vis en ce moment ce même enfer, il y a deux choses que j’aimerai t’écrire. D’abord la même phrase que ma mère m’a dit à cette période et qui résonne toujours : « Tu es dans un tunnel, tu ne vois pas la sortie car tu n’es pas assez bien pour la voir, mais crois moi, il y a une lumière au bout du tunnel et un jour tu la verras ». Et puis il y a quelque chose que je regrette de ne pas avoir fait lorsque je souffrais de la mélancolie : pleurer. Pleurs ta misère, pleurs la souffrance que tu endures, les larmes soulagent tellement…

Je suis donc resté ainsi l’automne et l’hiver chez moi. Et le printemps est arrivée avec ses nouveaux jours et là, enfin, les choses changèrent.

Cette dépression a donc suivi ma première crise maniaque, ce qui a facilité le diagnostic. Tu peux lire le récit de ma première crise ici : Maniac Story-ep01 Je t’aime à la folie

A bientôt,

ps : Cet article avait déjà été en partie rédigé, je n’ai fait que le compléter pour le publier aujourd’hui.

W.

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6 responses to “Ma grande dépression 2008-2009

  • mke06

    Et bien tu as réussi à me faire pleurer. C’est malin, je ne vois plus bien l’écran, maintenant…

  • A.

    Coucou,
    J’ai connu ça aussi W. Mais chez moi les dépressions duraient 3 mois, pas plus. 6 mois ! Tu as eu beaucoup de courage, aujourd’hui tu es un homme nouveau, conscient de tes fragilités, de ta bipolarité, mais aussi surtout fort de tout ce que tu as appris sur ton fonctionnement, ta personnalité. Tu vas t »en sortir, les dépressions ne sont pas une fatalité quand on est bipolaire. Je suis persuadée que le cycle infernal s’arrête ou se réduit, à partir du moment où on en a compris le mécanisme. Et c’est ce que tu as fait avec ce blog (très belle écriture et réel succès), ton travail avec ton psychiatre/psychologue. Bravo, tu peux être fier de toi.
    A. (Mademoiselle Alice)

    • bipohypermaniac

      Elle a duré six mois mais j’ai la chance de ne pas en avoir eu d’autres qui ont duré longtemps contrairement à beaucoup de bipolaires.
      Je n’écris pas beaucoup sur la dépression du fait que ma bipolarité m’a fait vivre plus le côté maniaque mais il y a beaucoup de chose à dire. Comme tu l’écris, il y a du positif dans ces phases là, de l’espoir surtout.
      Merci Alice, j’adore ce prénom…
      🙂
      W.

  • Romain Volcos

    Je me sens un peu poussé à réagir, tant j’ai vécu une période que j’appelle ma « Dépression » (avec un d majuscule, c’est assez « marrant ») exactement dans cette période que tu évoques. Qui reste un moment très fondateur pour moi dans une forme de renaissance, par la suite. Je vois cela comme un véritable passage, ouais, renaissance c’est le bon mot. C’est un bout de mon histoire, que j’évoque parfois dans ce que j’écris, directement ou très indirectement, que je voulais partager avec toi pour l’occasion. Comme une sorte de balle que je te renvois.

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