Hospitalisé pour dépression

Mon nouveau blog à cette adresse http://etrelapaix.wordpress.com/

Fin de la grande dépression et hospitalisation de mars à mai 2009

Dans l’inefficacité de tous les traitements antidépresseurs essayés, mes parents (et moi) décidèrent de m’hospitaliser dans la clinique du Château à Garches (92) en mars 2009. C’est ma mère qui eu un bon écho de cet hôpital notamment au sujet de l’équipe de psychiatres. Depuis le mois de janvier j’avais d’ailleurs changé de psychiatre pour être dorénavant suivi par un spécialiste de la bipolarité de cette clinique, le docteur Gay. C’est donc en ce début d’année 2009 que je fus officiellement diagnostiqué bipolaire de type 1.

Sortis de l’asile en juin 2008, me voilà reprendre mes quartiers chez les fous… Cette deuxième expérience en institut psychiatrique n’avait rien à voir avec la première. Cette fois-ci je fus hospitalisé pour dépression et non pour « bouffée délirante ». Autre différence : la clinique du château à l’allure d’une grande maison de repos dans un cadre exceptionnel digne d’un hôtel quatre étoiles alors que  l’hôpital psychiatrique  Théophile Roussel de Montesson (l’asile de 2008) n’est qu’un réceptacle de déchets de la société, pour être bref.

Evidemment je n’ai pu apprécier la beauté des lieux à mon entrée en mars 2009, j’étais au fond du trou…

Je dois te préciser que cet hôpital est complètement hors norme. C’est un endroit privé, réservé pour les personnes qui ont une très bonne mutuelle et qui peuvent se permettre d’avancer des frais d’hospitalisations de cinq cents euros minimum par jour. Les patients sont soignés plus comme des clients que comme des malades psychiatriques. Le domaine comprend réellement un château luxueux avec de sublimes chambres, deux salons dont un avec un grand billard français. De nombreuses célébrités séjournent dans cette clinique. On dit même que c’est ici que Saint-Exupéry aurait écrit le petit prince…

Je n’ai pas des grands souvenirs des premières semaines de mon hospitalisation. La dépression ne laisse qu’un vide. Ces deux mois à la clinique ne m’ont laissé que des flashs dans ma mémoires dont j’ai beaucoup de mal à reconstitué dans un ordre chronologique. Ce qui est sûre, c’est que je suis passé par trois phases lors de cette hospitalisation : une période mélancolique, une période de mieux-être et une période de bien-être.

Une réelle résilience s’est effectuée là bas. Sans parler du traitement et des activités mis en place, ce sont surtout des rencontres humaines qui m’ont fait revivre.

Il y a eu Eloïse, une blonde de 18, 19 ans. Grâce à cette jolie fille, j’ai retrouvé le sentiment amoureux. Il n’y a jamais rien eu entre nous, je n’avais pas l’énergie et le courage de tenter quoi que soit. C’était plutôt une douce amourette plus fictive que réelle mais cela a eu un rôle dans l’arrêt de la spirale infernale.

Il y a eu Karim, l’éblouissant homme de 35 ans qui en fait 25 et son regard bleu et si profond. Il a fait rallumer une étincelle en moi, la magie que nous avons en nous. 

Il y a eu le Saoudien, fils du consul d’Arabie Saoudite, un montre de muscle à faire peur enveloppant un cœur d’ange. On a beaucoup discuté, beaucoup marché. Chaque jour, nous faisions plusieurs fois le tour du parc et lorsqu’on était caché derrière les sapins, il roulait un pétard avec ces cigarettes menthol qu’on fumait en quelques grosses taffes pour être rapide et n’éveiller aucun soupçons. Il a rendu mon quotidien agréable lors de son passage.

Il y a eu l’actrice brune et mystérieuse qui passait sa journée dans le noir de sa chambre a regarder des dvds. Lorsqu’elle sortait, c’était pour discuter un peu avec moi. On s’entendait bien, souvent, aussi, autour d’un joint.

Et enfin, il y a eu Jean, mon compagnon de galère. Il était là quand je suis arrivé et il était là quand je suis parti. C’est le seul qui m’a accompagné durant tout mon séjour. Il avait 20 ans et souffrait d’une dépression depuis cinq ans. Aucun médecins n’avaient réussi à le soigner. Il a tenté multiples suicides. C’est le seul dont je me souviens vraiment, on a passé tellement de temps ensemble. Je doute qu’il soit en vie car j’ai essayé de le contacter plusieurs fois… Il n’arrivait pas à vivre. Je me souviens des soirs où l’on sortait sur la terrasse en peignoir en fumant nos chères cigarettes. (Tout le monde fume là bas). Je me souviens aussi de l’après midi ou un ami était venu avec une bouteille de whisky. On l’a bu ensemble cachés dans le parc, Jean a eu son moment de bonheur grâce à l’alcool. Je souviens enfin de la fois où il avait essayer de réitérer l’expérience seul et avait était récupéré allongé dans le parc au bord du coma par les infirmiers.

J’ai des flashs d’autres personnes : un toxico, un business man addict à l’héro, la femme de 70 ans du PDG de Clarins qui m’aimait, et plein d’autres riches et mystérieux personnages.

Il y a eu la patiente qui me faisait des massages brisant l’interdiction de se rendre dans les chambres des autres. Il y a eu beaucoup d’interdictions brisées…

Les visites régulières de ma famille et de quelques amis ont été essentiel pour retrouver une bonne santé.

Grâce à toutes ces personnes, grâce à cet atypique hôpital, je suis sorti de cette longue dépression. La fin de l’hospitalisation avait un goût de colonie de vacances. Je suis rentré chez moi le moral boosté. A l’époque je prenais onze comprimés le soir dont le célèbre Anafranil, l’antidépresseur qui a fonctionné! Un peu trop d’ailleurs… 

A bientôt,

W.

Publicités

3 responses to “Hospitalisé pour dépression

  • mke06

    Quelle émouvante chronique. En faisant un jour des recherches sur Garches, j’étais tombée sur cet hôpital parce que j’aime visiter les villes et voir ses sites d’intérêt, et ce château magnifique en faisait partie. Il était en effet expert en troubles bipolaires. Mais ce qui est impressionnant ici, c’est le brassage des gens, tous différents, et la lutte personnelle et intime pour la vie. Une lutte qui nécessite toujours un levier : l’autre ou les autres.

  • coudert

    merci, génial ton témoignage

    pour l’anafranil, « qui a trop bien marché », je suppose que tu parles de virage maniaque….non ?
    Ma femme a eu ce problème avec ce médicament

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :