De la dépression au lâcher prise

Je remarque que dans mes périodes dépressives la culpabilité est très présente. Coupable de ne parvenir à rien faire. Coupable de voir les autres travailler, avoir une vie, pendant que moi je suis paralysé chez moi dans ma bulle grise. Coupable de n’être pas assez fort. Coupable de n’être pas productif dans mes Yo, t’es quelque part dans la vague? en cours. Cette culpabilité est ancrée profondément, largement responsable de ces épisodes down, et qui demeure latente dans mes périodes de bien être m’attendant au tournant pour m’agripper une fois de plus.

Cette culpabilité n’est pas génétique. Petit clin d’oeil à ceux qui persistent à espérer que leur trouble est héréditaire, une façon inconsciente de fuir le combat puisqu’il est inscrit dans l’ADN. NON! Cette culpabilité qui est donc, en partie, à l’origine de mon trouble a pris naissance dans mon histoire familiale, dans mon éducation catholique et plus largement a certainement pris racine dans notre culture judéo chrétienne.

Prendre conscience de ce mal qui m’enferme est une bonne chose, oui, mais s’en dépêtrer n’est pas une partie simple. Je me retrouve dans une nouvelle jungle intérieure qui s’est développée, s’est nourrie pendant des années. Le combat continue! Il en vaut la chandelle. J’aperçois, je devine au loin mon être débarrassé des ronces de la culpabilité, wouaah c’est beau! Allez, je surmonte mes peurs, j’y vais la machette à la main, je défriche, j’éclaircis, j’éclaircis, j’éclaircis…

A la suite du week end dernier – mon stage de clown dans le sud-, je suis tombé malade. C’est la deuxième fois que je vis le processus : expérience intense suivie de quelques jours où je suis séché physiquement. La première fois c’était la retraite amérindienne dans laquelle j’ai vécue une aventure mystique dans les règles traditionnelles amérindiennes et non dans celles de la pathologie. Au retour, au lieu d’être exalté, illuminé et excité comme lors de mes crises maniaques, j’étais d’un calme absolu, une paix divine. Cette expérience m’avait poussé à écrire l’article Je suis guériEt deux jours après, je tombe malade. « C’est le corps qui se nettoie après avoir compris quelque chose » selon certains. Soit… Ce qui est clair c’est que depuis ce week end, un grand mieux être s’est instauré dans ma vie et des opportunités sont venues naturellement.

Ce week end clown était merveilleux. J’ai découvert un espace d’expression -par mon clown- privilégié. C’est la première fois que j’expérimente un moyen d’expression si bien adapté à ce que je recherche. Le nez rouge et la scène m’ont permis d’exprimer des émotions et une sensibilité dans une infinie liberté. Comme on dit dans le milieu « J’ai accouché de mon clown ». L’expérience a été si intense qu’il est logique que je subisse un contre coup.

Avant, un moment de bonheur était suivi d’une période de vide. La bipolarité dans toute sa splendeur… Ces deux dernières expériences montrent une évolution. Ce n’est pas psychiquement mais physiquement que j’accuse le coup. Ce n’est pas forcément plus agréable cependant ça évolue, et c’est cela qui importe.

Bon, et la culpabilité dans tout ça…

En réalité, le clown m’a chamboulé au delà du contre coup physique. Depuis quelques jours, je peine à me remettre dans mes projets. Je suis omnibulé par cette nouvelle perspective du nez rouge. Aussi, je suis sur le point de quitter le cocon familial pour un studio. Bref, une période de transition, de transformation qui me dépasse. Tout effort devient difficile, je passe le plus clair de mon temps à regarder des films. Et je culpabilise! Voilà j’y viens… Hé oui, je culpabilise de me lever tard, de ne pas avancer sur mon projet de livre, de ne rien faire et de rêver fumeusement à une gloire de carrière de clown. Et donc je me rends compte que c’est la culpabilité qui me fait vivre mal cette période. Ben oui, objectivement, ne pas travailler, glander, regarder des films, rien foutre, tout le monde qui travaille aime ça. Moi même, je me rappelle que lorsque je travaillais, j’appréciais les jours de congés où je pouvais me laisser aller en toute impunité.

Tout ça pour dire : si j’arrivais à vivre ces périodes de peu d’énergie comme des jours où le repos est légitime et la glande est prescrite, bref, sans culpabilité, alors ce genre de dépression serait des vacances. La dépression est un répit, beaucoup de spécialistes le disent, alors vivons là comme un répit. Acceptons cette faiblesse, ce besoin de ne rien faire, ne culpabilisons pas par rapport aux autres qui travaillent, nous avons une manière différente de fonctionner, c’est comme ça. Résister contre ce que nous sommes ne fait qu’accroître la souffrance lors de ces dépressions.

Enfin, je suis sûr qu’en étant maître de sa dépression, lâcher prise dans le rien faire, l’énergie reviendra plus rapidement.

A bientôt,

W.

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13 responses to “De la dépression au lâcher prise

  • Etrange attracteur

    Finalement, en affirmant, que la bipolarité n’a pas d’origine génétique, tu ne fais finalement que rendre les gens plus coupables qu’ils ne sont puisqu’au bout du bout, c’est de leur fautes s’il ne la combatte pas comme toi.
    Bien à toi.
    EA

  • L.

    « Cette culpabilité n’est pas génétique. Petit clin d’oeil à ceux qui persistent à espérer que leur trouble est héréditaire, une façon inconsciente de fuir le combat puisqu’il est inscrit dans l’ADN. NON! Cette culpabilité qui est donc, en partie, à l’origine de mon trouble a pris naissance dans mon histoire familiale, dans mon éducation catholique et plus largement a certainement pris racine dans notre culture judéo chrétienne. »

    En fait son paragraphe n’est pas clair… Il parle de culpabilité qui n’est pas génétique, soit, m’enfin je ne m’avancerais pas là-dessus je n’ai pas les compétences pour. Ma mère est cyclothymique, et je suis bipolaire, et je soupçonne beaucoup d’autres dans ma famille d’être dans des spectres différents ou ressemblants, donc je suis pour la piste génétique de ce genre de troubles.

    Je viens de lire un peu sur la culpabilité… ça m’a l’air très complexe donc je ne m’avancerais pas une fois de plus 🙂

    Peut-être que ta culpabilité a été un facteur déclenchant de ta bipolarité latente dans tes gènes.

    • bipohypermaniac

      Chacun son opinion 🙂
      Je ne crois pas a l’existence d’alleles bipolaires. La bipolarité etant un trouble qui évolue et guerissable. Ou peut être est ce un gene qui a le pouvoir de changer de nom : hier il s’appelait PMD, aujourd’hui bipolarité et demain : sensifragilite et dans un siècle ce serait le gene de l’émotion…
      M’enfin, j’ai le temps de changer d’avis mais il faudra plus que des preuves scientifiques.
      W.

  • elise9

    Moi je dirais qu’il n’y a pas de séparation physique/psychique, génétique ou pas puisque ce ne sont pas nos gènes qui font ce que nous sommes mais l’expression de ceux-ci (l’épigénétique), expression qui dépend notamment de facteurs environnementaux et de vécu personnel.

    On a observé des gènes qui nous prédisposent à telle « maladie », rappelons que le diagnostic et l’interprétation de ces troubles sont soumis à la culture, l’époque, le DSM en vigueur, etc. entres autres.

    Il est des civilisations, des traditions qui en effet accordent beaucoup d’importance aux anciens de notre famille avec lesquels nous avons beaucoup en commun, justement parce que chaque génération va faire évoluer la précédente ; il n’y a pas alors de notion de fatalité mais au contraire des opportunités, dans chaque famille, d’évoluer !
    Nous avons le pouvoir de modifier la chimie de notre organisme, on trouve des exemples de cela en neuro- immunologie où on découvre que des facteurs psychiques et environnementaux modifient nos défenses immunitaires, la chimie de notre cerveau, etc.
    On peut apaiser la plus grande des douleurs, chez l’enfant par exemple, avec un énorme calin, beaucoup de douceur, ce alors même qu’on peut observer en même temps un phénomène physique bien réel, les deux ne sont pas à opposer, ce sont juste deux angles d’observation différents.

    La culpabilité d’après moi est très lourde en chacun de nous (je l' »étudie » personnellement chaque jour en observant mes pensées) avec des conséquences qu’on n’imagine pas de jugements et de punitions constants, dans notre tête, et qui se manifestent autour de nous et dans notre corps.
    Elle fait, entre autres, qu’on ne peut pas s’imaginer qu’on a des capacités illimitées, qu’on peut guérir de toute maladie, parce qu’alors, la culpabilité serait trop forte de voir qu’on ne parvient pas à sortir de la souffrance, de la maladie.
    Ne pas parvenir à sortir d’une maladie n’est pas une faute, en réalité, il n’y a jamais aucune faute.
    Voyons au contraire comme il n’est pas facile de se sortir de certaines histoires familiales difficiles, dont les membres ont déjà fait un bout de chemin, et pourtant, nous y sommes, c’est que nous en sommes capables !

    C’est le travail le plus difficile aujourd’hui que de se sortir de la culpabilité, faire grandir la confiance, l’amour et le respect de soi, accepter nos limites de l’instant en sachant qu’on va les repousser chaque jour et oser être qui on est !
    Oser se manifester !
    Oser y croire !
    Sortir du statut de victime, de celui qui courbe l’échine pour approcher notre grandeur, la manifester et la partager tout autour.
    Ce travail est aussi le plus important et déterminant dans la guérison et ce n’est pas un travail facile !

    Belle journée à tous 🙂
    Bisous W. 😉

  • mi

    http://sante.lefigaro.fr/actualite/2010/10/10/10469-maniaco-depression-est-elle-maladie-genetique

    « De nombreuses études ont suggéré une contribution importante des facteurs génétiques dans la manifestation des troubles bipolaires. En effet, on constate que lorsqu’une personne est atteinte de troubles bipolaires, ses proches parents ont plus de risque de développer également la maladie, avec un risque qui augmente proportionnellement aux liens de parenté. Par exemple, les frères et sœurs de personnes avec un trouble bipolaire ont un risque dix fois supérieur à celui de la population générale d’être eux-mêmes atteints. Ce risque est multiplié par trente lorsque les enfants ont leurs deux parents atteints de troubles bipolaires.

    Néanmoins, l’agrégation familiale ne témoigne pas forcément de l’influence de facteurs génétiques. D’autres éléments, à commencer par les facteurs environnementaux, sont également très fortement partagés par les familles. C’est pourquoi seules les études de couples de jumeaux nous permettent véritablement de différencier la part environnementale de la part génétique. Ainsi, on constate que le risque pour l’un des jumeaux d’être atteint sachant que l’autre a déjà manifesté la maladie est de 50% chez les vrais jumeaux, qui partagent 100% de leur patrimoine génétique, alors qu’il n’est que de 10 % chez les faux jumeaux, qui ne partagent que 50% de leur génome. Ceci nous permet d’estimer à un peu plus de 60% la part de la maladie expliquée par les gènes dans les troubles bipolaires.

    De nombreuses études génétiques ont essayé d’identifier ces gènes de vulnérabilité à la maladie et les modifications qu’ils subissent pour augmenter le risque d’être malade. Cependant, aucun gène n’a clairement été identifié à ce jour comme jouant un rôle dans la vulnérabilité au trouble. »

    • bipohypermaniac

      J’ai déjà lu ces statistiques dans bon nombres d’ouvrages traitant la bipolarité. Je ne réponds pas à ces statistiques (je n’aime pas les statistiques en generale surtout quand il s’agit d’humains). Ca m’énerve d’entendre dire que mes enfants auront tels pourcentages de chance d’être bipolaire. Bref !
      Merci mi de nourrir le débat. J’en debattais encore aujourd’hui lors de l’interview. Je me rends compte qu’il y a plusieurs avis. Tant mieux, tant qu’ils sont bien échangés. Meme si le mien vous paraît tranché, il évoluera sûrement grâce à vos témoignages. Merci!!
      W.

  • libreslesmot

    Je pense que c’est normal que des enfants de bipolaires soient plus enclins à avoir des soucis psy, du fait de la transmission familiale des traumatismes interrègne rationnels. Il faut s’intéresser à la psycho généalogie. Je pense comme Will que la bipolarité n’est pas génétique. D’ailleurs, pour moi, ce n’est pas une maladie mais un ensemble de symptomee lies à un mal être. Et ce n’est pas un article scientifique qui me fera changer d’avis. Les statistiques s’expliquent selon moi par la psycho généalogie.

    • mi

      libreslesmot, tu es le bienvenu sur le forum http://bipolaire-et-alors.forumactif.org , notamment ton témoignage sur ce sujet et sur la psycho généralogie m’interesse. il suffit de t’inscrire, je valide ton inscription et tu peux alors écrire sur le forum.
      j’ai ouvert un sujet dans la rubrique du forum intitulé « échanges et témoignages »

  • mi

    j’ouvre le débat sur mon forum 😉
    http://bipolaire-et-alors.forumactif.org

    ne pas confondre maladie génétique et maladie héréditaire (une maladie génétique n’est pas forcément héréditaire)

    article complet sur le lien ci dessous, extrait copié ci dessous

    http://www.frm.org/recherche-medicale/les-recherches/8185/differences-entre-maladie-genetique-et-maladie-hereditaire.html

    Une maladie génétique est une maladie touchant le génome, c’est-à-dire le code génétique qui régit les fonctions de toutes nos cellules. Ces maladies génétiques sont généralement liées à une mutation d’un gène, autrement dit à une anomalie de l’ADN …Cette anomalie génétique peut être présente dès le stade des premières cellules de l’organisme, c’est-à-dire au niveau des cellules germinales (nb / mais pas obligatoirement) ….Lorsque les maladies génétiques touchent les cellules germinales, elles peuvent donc être transmises des parents aux enfants et constituent ainsi des maladies héréditaires.

  • magali

    merci Bipohypermaniac et merci W.

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