Métaphormose

Je suis une chenille coincée dans un cocon qui rêve de papillon. J’ai choisi la chrysalide. Je suis prêt à tout pour ne pas mourir chenille. Je suis cet arbuste fragile, risquant son équilibre à chaque coup de vent. Il n’y a que le temps qui peut me fortifier. Je me vois déjà grand arbre enraciné préparé à toutes tempêtes. Je suis ce rosier épineux attendant sa rose qui rendra mes couleurs. Je suis sous la pluie, dans le froid, affamé, perdu quelque part. Le soleil viendra avec sa chaleur et sa lumière. Tout cela est connu et se répète éternellement. C’est simple d’y croire. Le jour après la nuit. Le printemps après l’hiver. Les cris de la naissance avant l’éveil. Le repos, l’inertie avant le mouvement.

Les transformations extérieures me semblent naturelles, j’y suis habitué. Ma transformation est bien plus mystérieuse, je n’ai pour repère que les vérités universelles qui se révèlent dans la nature. Je m’identifie alors à la chenille, à l’arbuste et je me rassure à propos de mes jours difficiles. Ces souffrances font parties du processus de transformation. La force naît de la fébrilité, la beauté de la fragilité.

Et puis, je doute. Est-ce tout cela réel? Suis-je pas enfermé dans une grande illusion? C’est de plus en plus difficile de garder espoir dans ce monde où la réalité ne laisse aucun temps pour la chrysalide de s’effectuer. Il faut courir, avoir une situation, être stable. Au lieu de voir des métaphormoses humaines autour de moi, je les retrouve au cinéma.  Alors, sont-elles fictives ou reste-t-il un espoir, elles sont réalisables? Quelle que soit la vérité, je suis en transformation. Je ne sais pas ce qui m’attend, un vide ou des ailes, mais je ne peux plus faire marche arrière.

Je dois y croire jusqu’au bout. Relâcher l’espoir me paralyse de peur. C’est comme si j’étais embarqué dans un avion pour une destination qui n’est pas sur les cartes mais dont je suis convaincu de l’existence. Tant que j’y crois, je vole, j’ai un cap. Si je me résigne, je suis perdu dans les airs, c’est le cauchemar. C’est peut-être ça la folie, donner un sens particulier à l’existence, un sens qui ne peut-être démontré aux autres, un sens personnel. Vaut mieux pas trop en parler en public, finalement. Je ne connais pas beaucoup d’espaces d’expressions dans lesquelles je pourrais affirmer : je suis un arbuste fragile.

Ces derniers jours, j’ai vécu des moments où j’avais l’impression de devenir fou. Rien à voir avec la manie. J’avais l’impression que mon cerveau allait exploser. Une envie de crier très forte mais impossible à réaliser. Bon, ça semble violent décrit comme ça mais en réalité c’était très interne, aucun signes extérieurs. Faut dire que mon esprit doit être chamboulé par le changement qui s’opère. Depuis deux ans, ma vision de la vie n’est plus vraiment la même. Bref. Tout ça pour dire que toutes transformations ne se font pas dans la douceur. Surtout en ce qui me concerne, je dois détruire des murs intérieurs colossaux. Des peurs colossales.

Voilà c’était mon 201e article, pas mal! 201, c’est beaucoup, tu as vraiment tous lu!?

A bientôt,

W.

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12 responses to “Métaphormose

  • aurelie

    Bonjour w, j’ai tout lu pour ma part et je continu 🙂
    A bientot dans d’autre articles.

  • Aline

    La nature est jolie, mais est douleureuse aussi. L’evolution de la matière et du spirit c’est douleur et beauté. Les mots ne suffiront pas pour exprimer ce que jai envie de te dire. Jai l’impression que tu es en train de vivre dans la necessité de la nature et au même temps dans la liberté et ça c’est le plus joli chemin que nous pouvons sentir puisque que nous sommes en train d’etre avec l’Etre. Tu n’est pas le seule dans cette metamorphose. La peur me semble faire partie de notre evolution. Surmonter la peur et faire face a ce qui nous sommes. Moi, je veux un monde plus interessant, creative. Un monde où l’ethique soit là, où les sentiments parlent autant que la raison. Dans mon monde les gens cherchent la beauté et la science, le progress servent l’humanité. Les animaux ont plus de place aussi. Je sais que ce monde existe. Il existe dans mon coeur il y a long temps deja. 🙂 et je sais aussi comment sont les mondes obscures…la lumière et le noir. Le noir et la lumière. Mon chemin est comme ça.
    Aline

  • ginger

    Toujours fidèle et intéressée par tes articles. Un peu en veille en ce moment mais lectrice présente. Changer evoluer faire confiance avoir confiance donner reprendre apprendre et oublier…tout un lot de risques à vivre qui font que la metamorphose est constante.
    Bons baisers de toulouse
    Ginger

  • elise9

    Oh oui, je te rejoins W. et je rejoins Aline, surmonter la peur… Abattre des murs colossaux… Et sentir toujours plus l’amour (et la joie !) qui se fait une place de plus en plus grande et le partager et qu’il soit plus accessible à ceux qui suivront, à nos enfants, dieu que ça puisse être plus facile pour eux !
    Je me rappelle d’un jour W. où j’étais dans le lit, prostrée, Steph était sorti avec Luc et en rentrant, il y avait une grosse chenille très proche de la mue (on a vérifié après coup sur le net) en plein devant la porte d’entrée.
    Quelle symbolique !
    Ces moments de froid, de rien sont en fait très riches dans le monde intérieur où de profondes transformations sont en cours, je sais, avec le doute alimenté par les voix qui jugent sans cesse, c’est cela qui est difficile.

    Courage, continue de te faire confiance, ton écriture est magnifique !

  • L.

     » Le petit prince s’en fut revoir les roses:

    – Vous n’êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n’êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisé et vous n’avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n’était qu’un renard semblable à cent mille autres. Mais j’en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde.

    Et les roses étaient bien gênées.

    – Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu’elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c’est elle que j’ai arrosée. Puisque c’est elle que j’ai mise sous globe. Puisque c’est elle que j’ai abritée par le paravent. Puisque c’est elle dont j’ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c’est elle que j’ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire. Puisque c’est ma rose.

    Et il revint vers le renard:

    – Adieu, dit-il…

    – Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

    – L’essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.

    – C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.

    – C’est le temps que j’ai perdu pour ma rose… fit le petit prince, afin de se souvenir.

    – Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l’oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose…

    – Je suis responsable de ma rose… répéta le petit prince, afin de se souvenir. »

  • pierrôt

    il parait que, depuis le petit Prince à envoyer le renard sur les roses 🙂
    Ah L. comme beauté est de plus douée d’un bien jolie plume (j’éviterai les jeux de mots faciles, ha ha)
    Metamorphose, oui, cela peut être cruel, faire exploser nos têtes, Aline, Ginger, tout est bien dit, cette diable de vie n’est que mouvement, renouvellement, effacements de nos acquis, remise en question, laideur beauté, compromissions, lâcheté, mais bon sang qu’est ce qu’on l’aime !!!!
    Et toi W..?
    je t’attends au 421, t’as du pain sur la planche ha ha!!

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