Journal – J’habite dans le XVIe

J’ai emménagé hier dans une chambre de bonne dans le XVIe arrondissement de Paris. Cela faisait depuis quelques mois que je sentais qu’il fallait que je m’envole de chez mes parents. Je n’arrivais plus à rien là-bas. Ma chambre était devenue un lieu de paralysie dans laquelle j’étais incapable de travailler ni même de me divertir sans culpabiliser. Un léger enfer. Une sorte de dépression caractérisée. Bref, j’ai cherché pendant plusieurs semaines un studio à Paris ou proche banlieue. Ma situation atypique a engendré refus sur refus de la part des agences et propriétaires. Jusqu’au week end dernier, où une propriétaire sévissant dans un quartier chic parisien m’a fait confiance. Une occasion inespérée, j’ai signé et me voilà dans une petite piaule au 7e étage (sans ascenseur) d’un immeuble situé près du métro Victor Hugo.

Youhoooouuu  ? En théorie, oui, c’est une superbe nouvelle, toutes mes félicitations… En réalité, je t’avouerai qu’aujourd’hui je ne suis pas serein.

Hier, après avoir escaladé avec mes affaires, je suis resté un moment assis sur le clic clac (dont je n’ai pas encore trouvé l’emplacement idéal) apeuré par le pas que je venais de franchir et l’inconnu inconnu qui m’attendait. Oui il y a « l’inconnu » que j’aime et dans lequel j’ai une grande foi et « l’inconnu inconnu » que j’appréhende plus particulièrement.

Il y a beaucoup de première fois aujourd’hui : J’ai vécu en coloc et en couple mais jamais seul et encore moins dans un logement de moins de 12 mètre carré. Je n’ai pas d’installation multimédia à part mon pc et une connexion minimale grâce à mon téléphone. Pas de bureau pour travailler. J’idéalisais une vie spartiate mais la vivre réellement c’est différent!

Dans ce nouveau chez moi, jusqu’à cet instant où je t’écris, je pataugeai dans la noirceur de mon âme, tu sais, ces périodes durant lesquelles on est perdu et on expérimente une telle solitude que l’on n’a même pas la force de la partager à quelqu’un pour en sortir. Je n’ai pas réussi jusqu’à maintenant, mais ça y est je romps le processus et me retourne vers les bienfaits du partage via ce merveilleux espace. Merci, même avant d’avoir publié ce texte, je sens la flamme qui se ranime. Heuu… tout doux avec le feu! (voir W.)

D’ailleurs, un petit signe rigolo du destin. Regardes ce qui est inscrit sur le disjoncteur installé sur un mur de ma chambre :

disjoncteur bipolaire

« bipolaire   1 pôle protégé ». Cela voudrait dire qu’il y a une sécurité anti-manie ici. Eh ben, ça me rassure!

Mon BTS « Maîtrise de la Bipolarité » me permets aujourd’hui de mieux m’observer. Ainsi, je crois comprendre la difficulté dans ce nouveau départ. Cette difficulté, c’est la réalité. J’ai beaucoup de mal à dealer avec la réalité. Et d’autant plus avec la réalité parisienne! Aujourd’hui, je fais face à la réalité de ma situation. Plutôt la confrontation de ce que je suis (ce que j’ai vécu et à quoi j’aspire) avec le monde réel (à l’opposé de ce que j’ai vécu et pas dans la lignée de ce à quoi j’aspire). Les deux ans passés chez mes parents ont été une chance inestimable. J’ai pu me reconstruire, mettre tous les moyens possibles pour me soigner, en toute sécurité. Un nid douillet que j’ai quitté hier. Dans le passé, à chaque confrontation avec la dureté du monde réel, j’ai préférer fuir dans l’irrationalité, m’échapper par la porte de la folie, assouvir ma soif d’intensité, d’émotions en plongeant dans l’océan délirant, en basculant totalement dans la dimension mystique. En perdant pied…

Eh bien aujourd’hui, j’appréhende l’effort qu’il me faudra pour garder un pied (ce serait déjà pas mal) dans cette nouvelle réalité et toutes ses contraintes. Je n’aime pas les contraintes, c’est ça le problème!

Voilà, c’est une nouvelle page, la continuité du combat à travers de nouvelles épreuves. J’espère pouvoir utiliser ce nouveau logement pour me remettre sur le travail de mon livre. C’était le projet initial : une piaule pour écrire, manger et dormir. J’idéalise encore?

Je vais tâcher de revenir régulièrement vers toi. Venir ici et t’écrire, te lire même parfois, cela me recentre.

Sinon, après quelques mois de laisser aller capillaires, je vais me refaire une beauté cette après midi. Si ça peut me permettre de séduire une vieille bourgeoise de l’immeuble et de récupérer son appartement après coup…

A bientôt,

W.

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9 responses to “Journal – J’habite dans le XVIe

  • encoreuneconnasseparisienne

    Haha tu as fait la blague de la bourgeoise avant même que je puisse l’écrire ! C’est clair, tu vas devenir l’amant mystérieux d’une riche héritière 🙂 Plus sérieusement : congrats, enfin seul et libre youhouuuuuu !

  • Lulette

    Courage! J’ai moi même fait ce grand saut dans le vide il y a 6 ans et je sais qu’il en faut.. du courage.. Un nouvel appartement, une terre étrangère.. Mais à présent, je ne le regrette pas 😉 Bonne chance et courage aussi… pour les vieilles bourgeoises 🙂

  • L.

    Clap clap !!! Oh oui pour les vieilles (ou jeunes) bourgeoises fais-nous un remake : les 50 nuances de W. !!!

    Tu as fait le bon choix, je sais que tu n’échapperas pas dans la folie (ou alors je viendrais te taper). Tu as balisé le terrain depuis tellement longtemps comme tu le dis… médicaments, thérapies, activités diverses, sport, projets, BTS « maîtrise de la bipolarité » ;), hygiène de vie, entourage trié sur le volet… Que veux-tu de plus ? Tu as toutes les cartes en main.

    Le monde est tel qu’il est, neutre, c’est la façon dont nous le regardons qui change tout. Je sais, c’est banal à dire, mais qui mieux qu’un bipolaire peut le savoir ? J’ai eu les yeux de la dépression et j’ai les yeux actuellement de la rémission qui j’espère resterons à jamais. Rien n’a changé, sauf moi, et ça fait toute la différence.

    Avantages/inconvénients, blanc/noir, gris… En tout cas chaque expérience t’apporteras une leçon positive et une leçon négative, et c’est dans l’action seulement qu’on avance. Il faut sauter dans le vide ! Et puis, t’es pas un guerrier de la lumière ? 😉

    N’aies pas peur de la folie, la réalité est agréable à vivre je te l’assure. Chaque jour qui passe j’essaie de faire ce que j’aime, j’y réfléchis, me rendre heureuse. C’est ce que je te souhaite, et oui, encore félicitations, pour la peine ==> crémaillère chez W. pour tous les bipo de Paris ! Yala !

  • Carly

    Bonsoir !

    Bonne chance pour une nouvelle partie de ta vie mon Cher !
    Pleins de nouveautés de rencontres qui poussent à aller de l’avant !
    Bon courage & tiens bon la barre !
    Bisous bisous.

  • Thaloue

    Chapeau bas, W !!!! Les nouvelles des ex-21 juin ne sont pas bonnes pour 3 d’entre eux, alors je suis très heureuse de voir que tu prends ton envol. Tiens bon, je t’envoie plein de petites joies, une journée après l’autre. Carpe diem. « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »

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