Non respect de la dignité humaine

Parce qu’il me semble important que l’on recueille les témoignages d’usagers des hôpitaux psychiatriques qui ont vécu des manquements grave à la dignité humaine, voici quelques lignes que j’ai écrites durant mon dernier séjour :

« Le 11 décembre 2015,

Madame, Monsieur siégeant à la commission départementale des soins psychiatriques,

Actuellement hospitalisé à l’hôpital psychiatrique Théophile Roussel à Montesson (78), il m’est nécessaire de vous témoigner les traitements qui me sont infligés, trop souvent au nom « d’un processus ».

J’accuse l’incompétence du personnel infirmier (et les limites du processus dont ils dépendent) sur les points suivants :

  • Le personnel est très peu (voir jamais) présent dans les couloirs mais plutôt regroupé en petit comité dans leur cafétéria, à l’écart des patients seuls avec leurs troubles aux quatre coins du service. Un jour, ils étaient dix dans leur petite salle de 12h30 à 14h30, cette absence a permis à plusieurs usagers de régler leur compte entre eux. Coups de pieds et de poings mais aussi des lancers de tables et de chaises. Certes ça anime un peu le service, m’enfin c’est grave non?!
  • Mes demandes aux soignants sont incessamment reportés avec toujours les mêmes mots « pas pour l’instant ». J’ai toujours l’impression de les gêner à chaque fois que je vais vers eux. Et lorsque exceptionnellement ils écoutent ma requête c’est pour dire que je dois voir avec le médecin, qui m’accueille seulement tous les 3 jours. Et les rares entretiens que j’ai avec le psychiatre de l’hôpital sont pour signer des papiers. Je ne me souviens pas d’une entrevue ayant duré plus de 5 minutes.
  • Je n’ai jamais de réel entretien où je pourrais parler un peu de moi et de ce que je vis. Je n’ai pas pu pour le moment (jamais en réalité) raconter la crise qui m’a amené ici. J’ai l’impression d’être un numéro, ce que je suis d’ailleurs.
  • La relation avec les soignants se résument à la prise des traitements et la signature de documents administratifs.
  • J’accuse ce manque de présence, d’écoute, de disponibilité des soignants, la chose essentielle dont j’ai besoin.

Pour leur défense, ils diront qu’ils sont en sous effectifs, etc. C’est vrai mais cela n’empêche pas d’avoir une attitude un minimum humaine là où plus que jamais des personnes en ont besoin.

Très peu d’activités sont proposés. En dix jours, j’ai pu faire seulement deux heures de Baskets et une heure de cuisine. C’est à moi et avec les autres patients de trouver des occupations alors que nous sommes dans un état où plus que jamais nous avons besoin d’être accompagnés. Non, je ne suis pas accompagné dans le mal que je traverse.

Le traitement médicamenteux reste nécessaire mais s’il n’est pas couplé avec un traitement humain, cela fait de nous des animaux en cage.

Le chaos règne dans ce service. En plus de l’absence de soignant, les quelques petits plaisirs et divertissements ne fonctionnent pas. La machine à café et boissons sont en panne et la télévision, organe centrale dans la vie d’un service psychiatrique et essentiel, aussi! Vu la non surveillance des soignants, des patients (moi aussi mais au début) fument dans les couloirs. Devant ce sentiment d’impuissance, la cadres de santé nous a menacé d’interdire le tabac. Impensable!

Il est 21h, c’est avec un grand désespoir que je vous écrit cette lettre. Je suis hospitalisé et ne me sens pas en sécurité. Il y a très peu d’humanité ici…

Cordialement,

W »

Voilà pour moi et ce dernier séjour à Théophile Roussel, le troisième dans cet HP et le plus supportable des trois. J’ai déjà raconté les deux premiers séjours ici : A l’asile chez Théophile. Je ne pense pas que ce sont les conditions qui se sont améliorées mais plutôt mon expérience qui m’a rendu la visite  moins insupportable.

Dans mon CV, l’HP le plus affligeant, le plus inhumain reste l’Unité de Soins Intensifs de l’hôpital la Colombière à Montpellier dans lequel j’ai séjourné un mois à la suite dune crise maniaque en janvier 2013. J’ai  récité cette aventure ici : Les jolies colonies de vacances.

A travers mes correspondances et les rencontres j’ai entendu de multiples autres expériences souvent traumatisantes de l’hôpital psychiatrique. J’ai un contact qui travaille à l’Unafam et oeuvre pour des meilleurs conditions d’hospitalisations et qui est à la recherche de témoignage comme celui-ci. Il y a vraiment tout un univers à changer, je t’invite vivement à écrire aussi, dénoncer les conditions d’hospitalisations que tu as vécu. 

Envoie moi ta plainte : bipohypermaniac@gmail.com

J’aimerai pouvoir recueillir plusieurs témoignages et les faire parvenir aux commissions des soins psychiatriques existantes. A toi de crier pour plus d’humanité!

W

 

 

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9 responses to “Non respect de la dignité humaine

  • Calimero.Gallettoni

    Très bonne initiative ! Bravo !

  • elise9

    Très important ce témoignage que tu fais là W., un grand merci.
    Je vais le partager sur facebook, je t’embrasse,
    Elise

  • Fafanette

    C’est une vérité affligeante et qui montre bien que la psychiatrie n’a pas fait beaucoup de progrès depuis des décennies en dehors de qqs nouveaux traitements ,et encore certains comme l’Abilify ont des effets secondaires désastreux….
    Tout malade est avant tout un être humain,une sensibilité en détresse qui a d’abord besoin d’aide et aussi de considération et de respect!
    et tu as raison de signaler l’aspect des activités proposées qui revêtent une importance toute particulière en HP car les hospitalisations sont souvent de longue durée…..tourner en rond rend fou!!!
    Alors oui il faut se battre encore et toujours.
    Merci W pour ton courage et ta persévérance.

  • Vulcania

    Alors ça les grands esprits se rencontrent W. !

    Dans ma « Do it list » j’avais justement prévu d’envoyer une lettre à la direction de l’HP où je suis allée, copie le secteur où j’étais, l’équipe des psy et autres associations de défense des patients ainsi que l’ARS ; pour dénoncer un véritable manquement à la dignité humaine qu’est l’attachement au lit d’hôpital, appelé « contention » en psychiatrie.

    Sur mes trois hospitalisations, j’ai été attachée à mon lit d’hôpital avec camisole chimique en plus, pendant plusieurs jours, eh oui un lieu angoissant comme HP ça me fait remonter au ciel, ça vous étonne ?

    Sur mes deux attachements par sangles, mon premier s’est véritablement mal passé et a été une véritable humiliation, une atteinte à ma dignité, un traumatisme…

    Attachée sur mon lit, je n’avais aucune horloge pour me repérer dans le temps et les infirmières tardaient à venir lorsque j’appuyais sur le bouton d’appel, voire ne venaient pas.
    Ne plus avoir de repère temporel est une vraie torture, une angoisse en plus.
    Je me suis donc mise à gueuler pour les appeler puisque le bouton d’appel ne suffisait pas, mes cris ne favorisaient pas mon détachement car à leurs yeux j’étais encore agitée, mais comment faire autrement ? J’ai alors compris pourquoi il y avait tant de cris provenant des chambres fermées à clé, ce n’était pas des cris de fous mais des cris d’appel !

    Et pourtant mes cris n’ont rien fait, mes cris désespérés pour aller aux toilettes n’ont rien fait… Que dis-je aller aux toilettes ? Nooon pas le temps ! juste mettre l’espèce de bassin sous les fesses comme pour les personnes âgées !
    Non, mes cris n’ont rien fait, pourtant : « Pipiiiiii, j’ai envie de faire pipiiiiii !!! » C’est pas délirant comme phrase !
    Pour la première fois de ma vie, j’ai donc été obligée de m’uriner dessus, seule attachée sur un lit dans une chambre de « soins » hospitaliers, fermée à clef, avec comme unique vue, le mur de la chambre…
    De quoi avoir une grosse envie suicidaire !
    Les suicides et les tentatives de suicide à HP, on n’en parle pas non plus…

    A la sortie d’HP, j’ai fait une grosse dépression, ce n’était pas dû uniquement à mes troubles de l’humeur comme mon psy HP de l’époque voulait me faire croire, cet épisode traumatisant y a contribué…
    J’en garde toujours une souffrance et une énorme colère quand j’y pense alors que ça s’est passé en mars 2013, c’est pour cela que je souhaite m’en libérer et adresser mon témoignage à qui de droit.

    Donc W., pas de souci pour te faire une liste des manquements que j’ai pu observer lors de mes trois séjours à HP, mais je peux déjà te dire que j’ai eu le même sentiment de « déranger » que toi, et pourtant c’est nous les dérangés ! 😉
    Je t’enverrai également une copie de ma lettre à ton adresse mail, une fois que je l’aurai écrite.

    Un grand merci à toi d’aborder ce sujet brûlant et surtout d’en faire quelque chose, j’espère que tu auras de nombreux témoignages.

    Témoigner des mauvaises conditions de soins à HP donne la possibilité d’améliorer le système de soin de la souffrance psychique, mais aussi de se libérer de notre place de « patient HP » n’ayant rien à dire juste à subir et à patienter.
    Nous sommes avant tous les acteurs de notre rétablissement.

    Céline.

  • eM

    Très chers, vraiment, dans ce vent qui est en train de monter.
    Je n’ai pas pu assister à la rencontre de Paris, à quelques heures prêt, je prenais le train avant, peut être skype marchera ce dimanche.
    MAIS 1)° W, tu n’a rien perdu dans cette rechute, tu es autant formidable en énergie dans ce blog qu’avant, et…
    2°) Pour moi, tu as lancé une ENORME MISSION sur les soins psychiatriques !
    Tu serais le christian Saout (tu devrais le rencontrer) des HS en commençant par devenir un « représentant des usagers des soins ». Tu retournerai dans les médias, avec de l’animation, comme dans ce film de bipolaire avec des mises en scènes (les coups de marteau sur le petit personnage en fer blanc mécanique, avec des ailes qui tournent autour de la tête…image très parlante…)
    MOI, avec mon histoire dont l’écriture est retardée par le retour à la vie normale des gens « normaux » et « solides », je serai un des usagers actifs, je te jure, car je suis bien placé car aussi « soignant » !!!
    3°) mon séjour en HP était à l’exact OPPOSE de ce dont vous parlez. A tel point que je souhaite encore que ma fille ainée qui est en psycho deviennent infirmière en psychiatrie ! C’est ou le problème ?? et ma famille (pourtant assez sensible) pensait aussi du bien du service alors que je ne m’en rendait pas encore compte, etc….Quelle discordance avec vos témoignages !
    Et six contacts (surtout schizo et bipo) que j’avais eu, étaient quasiment contents d’être hospitalisés !Bien sur, certains étaient trop mal pour s’exprimer (dépression chronique, psychose profonde, et autres folies), nous étions pourtant mélangés.
    Dans nos vies, il y a d’abord l’âge, les réalisations, c’est très personnel.
    La maladie, il y a des diagnostics, des traitements, cela doit être COLLECTIF !!

  • Fafanette

    A Vulcania…..
    horrible,impensable et moyenâgeux !!!
    la contention est une horreur impensable à l’époque des camisoles chimiques et puis il faudrait ajouter encore le caractère dangereux des entraves qui altèrent et compriment la circulation en plus du total mépris de la souffrance .

  • Journal d'un Coeur Lacéré

    C’est une bonne chose que de dénoncer ce qu’il se passe en psychiatrie. J’ai été bénévole en psychiatrie et j’ai vu des choses intolérables. Malheureusement,étant les seuls bénévoles a visité dans les pavillons,on ne pouvait dénoncer tous ces méfaits, de peur de ne plus pouvoir rendre visite aux patients. Continue en espérant qu’un jour les choses changeront.
    Bravo en tout cas

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