Maniac story S6-E04 : Sommet de la crise

Je raconte ici ma dernière crise maniaque. Une aventure mystique qui a décollé lors des attentats de novembre 2015. Épisodes précédents : 1   2   3

Le samedi 5 décembre j’étais dans ma famille avec J. Impuissant face à la passion qui nous entraînait, nous étions toujours ensemble. Je ne crois pas qu’il y ait une seule nuit où nous étions séparés. Cette soirée avec mes parents et frères et sœurs se passa « bien »… en réalité, je n’ai aucun souvenir de ce moment. Amnésie plutôt rare, je me souviens généralement bien de ces périodes. Néanmoins, je me rappelle très bien de ce qui suivit : une dispute avec J, une rupture…

Les jours précédents, j’avais emmené J avec moi visiter une maison dans Paris. Car il était question que nous emménagions ensemble. Une magnifique maison à plusieurs millions d’euros. J’étais persuadé d’avoir les moyens de l’acheter. Evidemment, J penchait plus pour un logement disons… plus modeste! Voilà l’objet de notre dispute. Avec le recul, je me rends compte que c’était la première fois qu’elle ne me suivait pas, amoureusement dans ma folie. Il se produit une rupture et mon comportement changea brutalement. Il était 1 ou 2h du matin, je pris quelques affaires et je partis de chez mes parents à pied dans la nuit.

En fait, cela faisait depuis quelques temps que je voulais partir prendre le large. Mais j’avais abandonné tout plan parce que mes proches et psy m’avait convaincu que ce n’était pas raisonnable étant donné mon état. Aujourd’hui, je me demande encore ce qui serait passé si je n’avais pas annulé les quelques jours en Bretagne. Conscient que j’étais up, n’aurais-je pas pu enrayer la crise au calme de la Bretagne?

Cette envie réprimée a donc explosé cette nuit-là après ce léger désaccord. En banlieue en pleine nuit, je n’avais que l’auto-stop comme option. Un homme me prit et me déposa à la gare de Lyon. A cet instant, mon idée était de prendre le TGV pour Marseille afin d’aller chez mon amie Elise qui était « la seule qui me comprendrait » pensai-je. Mais le train en question était à 9h alors que le prochain départ était à 5h pour Milan. L’urgence de ma situation supprima aussitôt la première idée, la moins folle,  et valida mon départ pour l’Italie. J’attendis alors une bonne partie de la nuit dans la gare parisienne avec comme camarade quelques banlieusards. De part mon état et mes plans, je fis forte impression.

Je pris les rails. Avec pour bagage : mon ordinateur portable dans sa sacoche, une carte bleue en détresse et une centaine de pièces de cinquante centimes (prises d’urgence dans ma collection de pièces jaunes). Autrement dit, dans une France en état d’urgence, je voyageais sans pièce d’identité et sans téléphone. Et biensûr, sans billet de train.

Voici le journal de bord, les horaires sont approximatifs:

5h : Départ de la gare de Lyon

6h : Une charmante contrôleuse me fait une faveur, enfin ce que je croyais être une faveur, elle m’a belle et bien facturé 120 euros d’amende. Comme quoi, en crise, je ne suis pas toujours magicien séducteur.

9h: La police m’invite à descendre du train à la ville frontière entre la France et l’Italie car je n’ai pas de carte d’identité.

11h : je prends un bus pour la ville d’Italie la plus proche ayant une gare. Je paye avec mes centimes le billet et par chance il n’y a pas de contrôle à la frontière.

13h : Dans je ne sais quelle gare, j’envoie de mon ordinateur un mail à J, lui disant que je rentrerai le soir même. Plutôt raisonnable pour un mec en crise. A cette heure, mon plan était d’aller jusqu’à Rome et de rentrer tard à Paris en avion.

15h : Plusieurs trains plus tard, je suis sur le point d’arriver à Milan et là, prise de conscience : « arrête tes conneries maintenant, prend un train à Milan pour rentrer à Paris » pensai-je à peu près.

16h: Arrivée à Milan et grosse bêtise de ma part : je sors de la zone des quais… grosse bêtise parce que pour revenir sur les quais il faut un billet de train (ma carte bleue ne répond plus depuis Turin) et une pièce d’identité (trois petits points).

16h01 : Bloqué! Sans téléphone…

16h05 : Combien d’argent me reste t-il? environ 3 euros

17h: Je déambule dans Milan, mange deux Hamburgers. Je n’ai plus de délire en tête, je suis conscient de la situation mais néanmoins je ne sais quel ange gardien m’aide à ne pas paniquer au vue de la situation.

17h30 : Je rentre dans un pub pour capter du wifi. Mon ordinateur tombe depuis une table haute, il ne répond plus… Je sors et je l’abandonne sous un pont, comme on abandonnerait un chien, qui nous a été si fidèle, à la première complication. Là je devais un peu délirer…

De 17h30 à 21h : Je circule dans la gare de Milan entre l’accueil, les guichets, la police, les voyageurs espérant une solution, demandant un coup de fil (pas très généreux les italiens sur ce coup là). Au final je réussi à avoir J et mon père au téléphone grâce à la compassion exceptionnelle de deux immigrés (pas de commentaires, enfin si : prêter son téléphone est un beau geste!). J achète un billet en ligne et me donne un code correspondant au billet. L’accueil de la gare fait quelque chose dont je ne me souviens pas. Le guichet m’imprime un billet vierge sur lequel j’écris le code.

21h : Je ne sais pas par quel miracle je parviens à passer les contrôleurs et la police avec seulement un billet blanc avec inscrit dessus un code. Il doit me manquer une bribe de souvenir.

21h15 : Le train de nuit se dirige vers Paris. Je prends un xeroquel (neuroleptique) pour m’aider à dormir. (Je n’ai pas arrêté de prendre mon traitement durant cette crise, au contraire, je l’ai même adapté avec mon psy).

Dans la nuit : Je me fais réveiller brutalement par les douaniers. Le xeroquel avait dû me faire plonger dans un sommeil lourd qui a déplu à ces messieurs. Au final, il me laisse reprendre le train et j’avale un nouveau xeroquel.

Dans la nuit encore : Rebelote avec la police où je ne sais quel corps emmerdeur qui pareille me brutalise, me sorte du train (je crois). Au final, il me laisse reprendre le train et j’avale un nouveau xeroquel.

9h : Je suis sur le pas de la porte de J. Je sonne. Elle me prend dans se bras. On est lundi 7 décembre, le sommet de la crise et derrière moi et pourtant l’aventure n’est pas finie…

A suivre…

W

Episodes précédents :

Ep 1: Attentats       Ep 2 : La potion magique    Ep 3 : Amour et Voyage

 

 

 

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4 responses to “Maniac story S6-E04 : Sommet de la crise

  • Calimero.Gallettoni

    Merci pour ce récit détaillé qui permet d’apporter quelques éclaircissements bien au delà d’un laconique « période de crise pendant les attentats ».

    Il paraît qu’il y a deux types d’errances.

    ─ Les errances inconscientes; dans le sens où l’on est persuadé d’avoir raison, un peu comme lorsqu’on est convaincu de détenir subitement une vérité universelle et d’être en contact avec le divin, ou d’être soi même le divin (ce qui est exactement ce qu’affirmait le Sri Ramana Maharshi soit dit en passant, un des sages contemporains les plus respectés en Inde, et qui lui aurait sans doute valu un petit séjour en hôpital psychiatrique en occident).

    ─ Les errances conscientes; qui elles sont douloureuses dans le sens, où l’on a conscience de dérailler, mais où on ne trouve pas la force de lutter contre ces pulsions folles. Dans ce cas de figure, peut-être que les traitements médicamenteux sont un moindre mal, même si au jour d’aujourd’hui je persiste à penser qu’ils ne sont pas encore bien au point : mais entre deux maux il faut peut-être choisir (il y a aussi le jeûne, la prière/méditation, et les bains/douches froides pour les plus courageux/ses…).

    Maintenant à la lecture de tes récits, il est quand même consternant de réaliser à quel point une personne en crise peut se mettre en danger, soi même, ainsi que toutes celles et ceux qui le/la suivraient dans ses délires.

    Malgré tout, il semblerait que ces derniers dérapages aient été relativement contrôlés comparés au précédent où tu as mit le feu à ton appartement.

    Probablement, que ces années de lutte thérapeutique ont permit d’assainir une partie de cette « zone interdite », ce qui rend les crises moins violentes et plus gérables que par le passé.

    Ce dernier accès maniaque est peut-être un rappel à l’ordre, pour t’inciter à ne pas te reposer sur tes lauriers et continuer la lutte, tout en te permettant de voir tout le chemin parcouru malgré tout et le résultat des efforts consentis.

  • lhomme

    ah oui je suis aussi tout à fait d accord

  • eM

    Je remercie « cali—toni », pour cette excellente analyse. Il faut rester soi même, donc avec son passé, mais sans pathologie (les risques liés aux actes et paroles inconscientes, d’autant plus cruelles qu’elles s’oublient, au contraire des conséquences). D’où l’attention à porter à son propre traitement. Et je pense que l’écrasement de son ego, permet d’éviter le pathologique, d’être BIEN SOI !
    (le traitement de soi n’est donc pas de l’ego, CQFD)
    Le traitement de soi, c’est de pouvoir s’occuper des autres (difficile en pleine crise !!).
    Alors je vous souhaite tout le bonheur de la réunion dans 3 heures.
    Je n’ai pas les consignes pour utiliser le logiciel internet « S… » demain,
    mais j’ai espoir, évidement.
    Bises.

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