Mélancolie et révolte

J’essuie depuis un mois ma plus grande défaite.

J’ai rechuté en novembre avec comme élément déclencheur principal : les attentats du 13 novembre. Je suis monté en crise maniaque, j’ai vécu de multiples aventures à Paris et en Italie jusqu’au 9 décembre, jour où je me suis fait coffrer par la police pour tentative d’escroquerie… Deux jours après, je fus transférer à l’asile (cet HP porte très bien la désignation d’asile), le même dans lequel j’ai fait deux séjours en 2008 et 2009. Je t’ai déjà parlé de cet endroit sur ce blog ici: A l’asile chez Théophile Roussel.

Voilà un bon teaser en attendant que je te raconte cet épisode et l’ajoute aux autres crises maniaques publiées dans ce blog : maniac story .

Cette 7e hospitalisation m’a séché. Je te passe la garde à vue qui m’a tout de suite rappelé celle de janvier 2013. Quel sentiment de défaite atroce qui s’est imposé à moi lorsque ma raison est revenue le deuxième jour à l’asile. Cette amertume ma paralyse encore, voir même plus aujourd’hui alors que je suis sorti depuis trois semaines. Quel contre coup…

Jamais j’aurai imaginé il y a quelques mois que je rechuterai si classiquement après trois ans de combat contre mon trouble psychique. J’ai mis toutes mes chances de mon côté, employé d’innombrables moyens thérapeutiques, sans parler de ce blog et toutes les activités autour de celui-ci qui me maintiennent en garde. Quelle défaite ! La plus grande et la plus ressentie de ma vie. J’ai rechuté six fois entre 2008-2013 avant celle-ci mais jamais je n’avais vécu une telle claque. Car ce n’est que depuis celle de 2013 que j’ai véritablement accepté mon trouble et lancé le combat contre celui-ci donc toutes celles avant n’avait pas la même signification.

Il n’y a pas de défaite sans bataille. Finalement, ce n’est pas tant étonnant de perdre une bataille dans un long combat, Churchill (illustre bipolaire) en témoigne par sa carrière . Pas étonnant, mais il en reste tout de même que je suis à terre.

Dans cet épisode, je me suis embrouillé sur un détail avec mon colocataire parisien (détail qui a révélé sa personne) et j’ai déménagé quelques jours plus tard. Me revoilà revenu au point de départ, géographiquement, chez mes parents en banlieue. Avec un enseignement en tête : Paris, c’est fini. Revenir à Paris après ça serait une erreur. L’environnement parisien n’est pas compatible avec mon hypersensibilité. Sur-informations, sur-stimulations, absence de nature, routine métro-boulot-dodo inhumaine. Bien sûr il y a beaucoup de points positifs aussi, qui m’ont d’ailleurs masqué ce qui me paraît évident aujourd’hui : je ne suis pas fait pour la grande ville. Je vais plus loin, tout bipolaire ne peut être pleinement épanoui à Paris, il peut survivre oui, être stable oui, mais pas plus, il est très probable qu’il rechute.

Dans ce rejet de Paris, je me suis désengagé de toutes activités. Bénévolat et principalement : les ateliers de théâtre. Je suis donc à ce jour sans activité, sans engagement, redevenu célibataire depuis ma sortie d’HP (hé oui, dommage collatéral, j’en parlerai un autre jour), sans vie sociale. Le temps est suspendu au dessus d’un vide dans lequel je me baigne volontairement pour goûter aux fruits mélancoliques.

Je travaille sur la création d’une association. Oui, l’association des Hyper Sensibles verra le jour en mars. Association dans laquelle je place tous mes espoirs et ai besoin de vos soutiens lorsque je commencerai à communiquer celle-ci. Cette structure, en une phrase, permettra de formaliser mon et notre combat et le faire exister dans cette société.

Cette société… Je suis en colère contre cette société. Elle a une si grande responsabilité dans ma souffrance psychique. Cette société aux valeurs de consommations, d’individualisme, de compétition. Et la politique… Je suis révolté, j’ai honte de faire partie d’un pays qui fait la guerre sous prétexte de défense des droits de l’homme aux moyen orient depuis vingt ans et on s’étonne de se faire attaquer aujourd’hui (je reprends ici la pensée de Michel Onfray dans laquelle je m’y retrouve beaucoup). Bref, résultats je suis victime d’une guerre, avec ces attentats, dans laquelle je n’ai aucune responsabilité. Déjà en tant que citoyen je suis en colère mais en plus je suis un citoyen qui souffre de ne pas trouver sa place en tant que citoyen. Je suis révolté à plusieurs degré. T’as vu ce qui se passe pour les employés de l’entreprise Goodyear (voilà une pétition à signer : pétition). Et comment est traité la liberté d’expression…

Tout ça pour dire que mon sentiment mélancolique intérieur est représentatif de la situation révoltante extérieure. Ce lien toujours existant entre mon monde intérieur et le monde extérieur, entre le subjectif et l’objectif, est tout à fait passionnant.

Il va falloir à un moment donné qu’on (les personnes un minimum conscientes) fasse quelque chose parce que si on les (tous ceux qui sont au pouvoir)  laisse aux postes de décisions dans notre société, l’avenir nous nous appartiendra pas. Je veux croire qu’il existe des personnes encore qui ne sont pas résignés. Je comprends la résignation, j’ai flirté de loin avec elle mais je n’ai jamais été tenté de vivre une vie sans couleurs. Tel le colibri dans sa légende, je fais ma part, je créé une association qui prétend pouvoir améliorer la vie des personnes ayant un trouble psychique que je préfère appeler personnes hypersensibles, j’espère que beaucoup d’entre vous joindront cette aventure collective.

Je ne sais pas pour toi mais dans mes mélancolies j’ai ce goût de révolte. Je crois qu’au départ c’est une colère contre moi-même, celle d’avoir rechuté, celle d’avoir commises d’erreurs, celle qui constate les conséquences de la crise. Une colère que je me pardonne en regardant le monde qui m’entoure. Image métaphorique:

Je suis un arbuste qui peine à grandir… Je n’en veux pas à la graine qui est à mon origine. C’est évident que ce n’est pas de sa faute quand je regarde autour de moi dans quel jardin je suis né. Mes racines ont bien dû mal à s’ancrer dans cette terre sèche, pollué. Il y a ses mauvaises herbes aussi partout autour de moi avec lesquelles j’ai du mal à tisser des relations amicales. Non, ce n’est pas moi qui vais mal, le mal était là avant moi.

Patience et espoir,

Hypersensiblement,

W

 

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14 responses to “Mélancolie et révolte

  • Mel Zombinette

    Courage a toi , je comprend ta colère et ta tristesse face à ta rechute , mais je pense que malheureusement toute ta vie tu en auras ( cela peut paraitre tout sauf objectif ) mais il faut vivre avec et te dire c est ainsi …….. je vis les choses ainsi avec mon conjoint « hypersensible » on peut gagner un combat mais pas la guerre……… tu as une rechute certes, c est désolant , certes, tout semble s effondrer autour de toi …….. mais c est ainsi ……….. desolée d etre aussi terre à terre et peut etre défaitiste aux yeux de beaucoup, mais c est ma façon de tenir avec mon conjoint et de l aider a traverser ses rechutes…….. et cette façon de voir les choses nous aide a perdurer et à ne pas le culpabiliser dans ses  » défaites »
    Courage à toutes ces personnes qui perdent pieds , et se sentent démunies face à cette maladie psychique, mais la rendre familière et se dire qu on ne la vaincra jamais et se résigner à se dire  » c est ainsi et alors  » permet au final d avoir un pas d’ avance sur elle…………..

  • elise9

    « Chapitre 1 : je marche dans la rue et rencontre un trou béant dans le trottoir. J’y tombe; je me sens perdu, impuissant – mais ce n’est pas ma faute. Ça me prend une éternité à m’en sortir.
    chapitre 2 : je marche dans la même rue et rencontre le même trou béant dans le trottoir. Je fais semblant de ne pas le voir et j’y tombe encore une fois. Je n’arrive pas à croire que je me retrouve dans le même bourbier – mais ce n’est pas ma responsabilité. Ça me prend encore beaucoup de temps à me sortir du pétrin.
    Chapitre 3 : je marche dans la rue et rencontre un trou béant dans le trottoir. Je le vois – mais j’y tombe encore. C’est devenu une habitude. Cependant mes yeux se sont ouverts; je sais où je suis. J’assume l’entière responsabilité de ma situation. J’en sors immédiatement.
    Chapitre 4 : je marche dans la même rue et rencontre un trou béant dans le trottoir. Je le contourne.
    Chapitre 5 : je prends une autre rue. »

    C’est de Millman encore :-).

    Oui, les énergies autour de nous sont infâmes : la peur, partout, la colère, la culpabilité, la lutte, la guerre contre l’autre, contre les parties de nous-même, qui se manifestent dehors et qui existent au dedans bien sûr.
    Ce n’est pas notre faute ni celle de quiconque d’ailleurs (et quelle difficile libération que celle-là, ancrée dans notre chair…. La culpabilité !) mais c’est notre responsabilité que de ne pas nourrir ces énergies et en nourrir d’autres.
    Et c’est un vrai, immense et magnifique travail, alors ne t’attarde pas dans ce trou pourri, retrousse tes manches et revient parmi nous. 🙂

  • Solfinia

    Ne regrette rien W. rien de ce que tu as fait au cours de ta phase maniaque. Aime ce W. maniaque et cherche à le comprendre. C’est une partie de toi que tu dois apprendre à aimer et à rassurer. Si j’ai un autre conseil, ne cherche pas d’excuse dans le monde extérieur mais cherche la vérité et la réalité dans ton monde intérieur. Je suis convaincu que ça nous arrive pour une raison et la clé me semble être en nous. Le combat peut sembler long, pour ma part je ne vois plus ça comme un combat mais comme une réconciliation intérieure et avec le monde externe. Cette réconciliation ne se suffit pas d’apparence et c’est pour ça qu’elle peut être très longue et peut être même durer toute la vie mais son chemin est pour moi le chemin de l’éveil et me fait adorer cette sensation de vie.

  • Copinette

    Très belle leçon de vise d’elise9 … Merci. Je vais me renseigner sur ce Millman.
    W. …. Tu peux me dire si tu prenais un régulateurs de l’humeur quand tu as fait ta dernière crise maniaque ? Mon mari est sous depamide + neuroleptique, stabilisé depuis peu et il me certifie que ça l’empêche de refaire une crise … Ce dont je ne suis absolument pas certaine !
    Désolée d’êrre si terre à terre mais je voudrais comprendre …
    Sinon, j’avais bien senti à des derniers messages que tu prenais des chemins de traverses … Contente que tu sois de retour. Tu m’es précieux pour comprendre la bipo … Et la vie en général !

    • bipohypermaniac

      Merci Copinette
      Comme la plupart de mes épisodes maniaques, je prenais mon traitement lors de cette crise. J’ai même vu à 3 reprises un psychiatre et accepter d’adapter le traitement par rapport à mon état d’exaltation.
      Le traitement est la base du soin mais il ne suffit absolument pas si l’on veut mettre toutes les chances de notre côté lorsqu’un un événement déstabilisation adviendra. Le plus important est de comprendre quels sont les mécanismes qui agissent lorsque l’on dérape. Mettre en place des activités qui permettent de s’exprimer. Et enfin, le plus nécessaire : avoir une bonne hygiène de vie.
      Chaque bipolaire réagit différemment à un traitement, il reste possible qu’un psychiatre trouve le dosage parfait pour un de ses patients. Mais l’avenir est plein de surprise alors le meilleur moyen de ne pas rechuter c’est de ne pas baisser la garde.
      Bon courage, et merci pour lui, tu es précieuse
      W

      • A

        Donc dans cette « rechute » tu as compris qu’il fallait continuer à voir ton médecin ainsi que prendre tes médicaments. Ton hospitalisation t’a permis de revenir plus vite, donc d’y rester moins de temps et pour te protéger. Ce sont les grosses émotions qui ne sont pas bonnes. On a un imaginaire débordant et quand on devient tachypsychique difficile de contrer sinon impossible donc repose toi now.
        Je viens de passer un week end avec des amis et c’est intéressant de voir que la sensibilité nous fait nous mettre soit en arrière soit en avant, pour le coup c’était bien en arrière là. Les caractères etaient trop forts, je me suis vu comme un petit garcon de cinq ans. Ce que c’est pénible. Le combat continue.
        Bon courage W.

      • bipohypermaniac

        Je comprends bien ça A.
        Merci, le combat continue
        🙂
        W

  • L.

    Oui il est important de dire, même si cela peut décourager, que les crises et les dépressions ont lieu avec le traitement. Ce n’est pas assez, même s’il aide beaucoup ! Et ce qui est décourageant, et je le conçois tout à fait (je le vis versus dépression en ce moment) c’est que malgré tout, cela plane comme un nuage sombre au-dessus de nos têtes. Mais je suis persévérante, et comprendre d’où ça vient et trouver des moyens, j’en suis sûre. Le chemin est juste encore long je crois 🙂 Mais patience espoir, j’y pense souvent à ces deux mots que tu dis… Ma signature c’est « je t’embrasse » 🙂

  • L.

    Bienvenue Amélie au club très fermé des bipo à crises mystiques ! 🙂 Je te laisse le lien vers mon blog (tu peux cliquer sur mon pseudo aussi) et cet article où j’ai listé toutes les « astuces » que j’ai trouvé pour m’en sotir : http://bipolaritedouanceschizophrenie.com/2016/01/04/liste-pour-essayer-de-sortir-de-la-bipolarite/

    Je n’ai pas tout écrit (il y aurait tellement à dire sur ce que j’ai essayé) mais je rajoute que mon délire, je l’ai écrit, pas encore en entier mais cela viendra, et que partager avec d’autres m’a fait beaucoup de bien. Beaucoup de recherches spirituelles pour vérifier, distinguer le vrai du faux, et je cherche encore J’ai fait ma crise il y a un an et demi, suivie d’une grosse dépression comme toi, et je suis toujours là. Donc… Garde espoir, on est là 🙂

  • Calimero.Gallettoni

    Je pense vraiment que le terme bipolaire devrait être proscrit.

    Car il y a vraiment un monde entre les bipolaires à tendance maniaque, et ceux à tendance dépressives.

    Sinon, pour en revenir à ta situation, je ne vois rien de vraiment négatif en ce qui me concerne.

    Tu dis avoir rechuté 6 fois entre 2008 et 2013, et tu n’en es qu’à ta première rechute en trois ans, avec comme élément déclencheur cette série d’attentat qu’il est clairement anxiogène et frappe de plein fouet les hypersensibles.

    Par contre cette histoire de « tentative d’escroquerie », on aimerait bien avoir des éclaircissements…

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