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« Attention au déni de la maladie »

keep calm

Ne laisses pas quelqu’un te faire croire que tu es malade si tu ne te sens pas malade. Et si tu te sens malade, ne laisses pas quelqu’un te faire croire que ta vie est foutue, car ce n’est pas vrai, on peut se libérer de tout mal, avec la conscience, le soin, la patience et l’espoir.

Malgré un diagnostique de bipolaire en 2008, je ne me suis jamais senti malade. Pourtant j’en ai chié, des crises maniaques, des hospitalisations à répétitions, bref un beau palmarès que tu peux découvrir dans le récit de mes aventures : maniac story ep 01-Je t’aime à la folie. J’ai atteint des jolis pics de souffrances à me mettre à genou par terre, en pleurs « Qu’est-ce que je dois faire mon Dieu, wouin wouin! », moi qui ne pratique aucune religion pourtant… Malgré tout cela, je ne me suis jamais senti malade. Quand tous les autres bipotes, eux, disent qu’ils sont malades, moi je pense « béh du coup, peut être qu’il y a eu une erreur de diagnostique » peut être qu’ils ont raison, et qu’en fait je ne suis pas bipolaire, tout simplement. J’aurai trompé tous mes lecteurs depuis trois ans… oh merde!

En réalité c’est pas simple cette histoire, parce que débattre autour de la bipolarité et la maladie est sans fin et engendre beaucoup de confusion, tout bêtement parce que le mot « bipolaire » n’a pas de sens au fond.

Premier non sens. On s’identifie au trouble : « Je suis bipolaire ». D’un côté c’est rassurant, on a une réponse à la question « Mais qu’est ce qui ne va pas chez moi? » mais en réalité on s’enferme dans une prison et on se stigmatise nous même à ….. ?oui, à quoi? On réduit notre personnalité, notre identité à une alternation de quelques périodes de souffrances. Une souffrance répétée qu’on interprète très vite comme maladie chronique, comme si on était prisonnier de notre passé et sans espoir pour le futur. « J’ai un trouble bipolaire » me paraît plus juste déjà. Même s’il y a un risque de fatalité aussi dans cette expression. Encore une fois, si seulement on pense le trouble comme une maladie.

Si le trouble bipolaire était seulement défini comme une variation particulière de l’humeur, une fragilité, une hypersensibilité, un handicap dans certaines situations, et tout ce que tu veux sauf le terme « maladie », alors là ok, pas de problème : J’ai un trouble bipolaire.

Je ne déni pas que j’ai une fragilité que je dois soigner, accueillir, connaître. Je ne dénie pas que j’ai une hypersensibilité très complexe que je dois comprendre. Je ne dénie pas que j’ai accumulé beaucoup de souffrances pendant la première partie de ma vie surtout, et que je dois continuer à mener un combat, pour me libérer de mes corps de souffrances, pour guérir mes blessures les plus profondes. Je ne dénie pas que j’ai un travail colossale d’affirmation de soi, d’incarnation. Haha! Mais tout ça, c’est le lot de tout le monde en fait! La différence, c’est que les événements de ma vie ont fait que j’ai acquis cette conscience, un peu en avance sur la masse, certes.

Si ce terme « maladie » m’embête ces derniers jours, c’est que je ne dois pas en être totalement libérer.

Définition Larousse de la maladie : « Altération de la santé ».

Si une maladie permet la libération, la prise de conscience, le goût du bonheur, des guérisons multiples, la sérénité, l’accomplissement, la création. Alors oui pourquoi pas.

Mon trouble bipolaire a évolué depuis que j’ai pris conscience de mon chemin, de mon combat, depuis que j’avance en conscience, pour résumé. Là où avant, les hospitalisations se répétaient presque chaque année, les dernières sont très espacées. Tout ça pour dire qu’on s’en libère de ce trouble qui apparaît au début comme une maladie chronique. Suffit d’y croire, et de mettre les moyens.

Ou alors peut-on dire que la bipolarité est un trouble qui remue notre être afin de nous donner la chance de soigner toutes nos maladies inconscientes.

Ou alors, peut-être qu’on peut dire que dans le monde actuelle, c’est perçu comme une maladie de vouloir être libre.

Si la liberté est une maladie. Comme l’amour qui rend malade.

Alors oh ouiii, je suis malade!

Je ne suis pas habitué à te faire la morale, ou t’enseigner quoi que soit, mais j’ai envie de proclamer haut et fort :

« Ne laisses pas quelqu’un te faire croire que tu es malade si tu ne te sens pas malade. Et si tu te sens malade, ne laisses pas quelqu’un te faire croire que ta vie est foutue, car ce n’est pas vrai, on peut se libérer de tout mal, avec la conscience, le soin, la patience et l’espoir »

W

mon bouquin : la vie d’un bipolaire

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J’attends le prochain train

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J’attends le prochain train…

Je ne sais pas d’où il vient, je ne sais pas où il m’emmènera, mais de là où je patiente je crois deviner ce qu’il va se passer.

Ce train vient du futur et m’emportera vers un passé perdu. Un pays que j’ai imaginé enfant, et oublié lorsqu’un autre réalité m’a rattrapé.

J’attends dans cette gare où la vie m’a débarqué la dernière fois. Le dernier voyage a été interrompu, le conducteur m’a dit que je n’étais pas prêt pour la suite. Avant de me laisser seul sur le quai, il m’a soufflé un conseil et il m’a mis entre les mains un fil, puis il a relancé sa machine qui a continué son voyage dans le temps. Le train a disparu avec les rails à l’horizon tout en déroulant le fil. Ce fil, seul souvenir de mon destin.

J’attends le prochain train, je m’occupe comme je le peux, sans trop prévoir pour ne pas déranger la suite de l’aventure qui doit rester imprévue. J’essaie de ne pas trop penser, et me concentrer sur ce fil, le fil de mon histoire, hors de contrôle mais plein d’espoir.

Je me prépare dans le silence, je me fais ombre dans l’ombre. Je veux être prêt pour le prochain voyage, ne pas commettre les mêmes erreurs afin de rester le plus longtemps transporté. Avant une prochaine gare, une prochaine attente…

Patience et espoir.

W

Autres articles sur la destinée : Signes et Destin


Code de conduite en HP

Voilà mon code de conduite en hôpital psychiatrique écrit lors de ma dernière hospitalisation, en décembre 2015.

Article 1 : limiter au strict nécessaire la connexion avec les autres patients.

Article 2 : établir et entretenir une connexion de confiance avec le personnel soignant.

Article 3 : avoir des activités personnelles.

Article 4 : être à l’écoute de soi et suivre son instinct.

Article 5 : attention à ne pas faire trop état de sa souffrance auprès des proches. Car à l’extérieur ils souffrent déjà pour le patient.

Article 6 : Cultiver la patience, garder espoir et se montrer plus fort que l’on est.

 

 

Mon commentaire aujourd’hui avec le recul : 

Dans l’article 1, ce n’est pas la solitude totale que je prône mais une certaine distance, surtout lorsque l’on est encore fragile, car trop de proximité avec d’autres foufous aux pathologies plus sérieuses peut-être « contagieuse ». Sinon avoir un petit cercle de camarades un minimum conscient permet que le temps passe plus sympathiquement.

Dans l’article 2, il s’agit de se montrer le plus « stable possible » dans notre discours et comportement face aux infirmières par exemple, car elles seront écoutées en réunion de service lorsque l’équipe de soignant échangera sur notre possible sortie.

Dans l’article 3, je parle de dessins, d’écritures… car toutes nos créations au sein de l’hôpital psychiatrique ont une valeur particulière.

Dans l’article 4, je pense au fait que l’on est terriblement seul, surtout au début, lorsque l’on se réveille à l’asile. Sans repère, seul avec soi-même, c’est le moment où jamais de cultiver l’écoute de soi.

L’article 5 s’applique surtout dans le cas de ma dernière hospitalisation. Dans laquelle où je me suis rapidement remis et n’ai pas tellement vécu le grand désarroi d’autres fois. Faut dire que j’avais six hospitalisations derrière moi. Alors, l’ironie a fait que, à l’intérieur de l’hôpital, je souffrais/m’inquiétais certainement moins que mes parents, par exemple.

Patience et espoir naturellement. Dans le 6e article je crois qu’il faut se montrer plus fort que l’on est dans le but de sortir le plus tôt que possible.

Parce que l’objet de ce code de conduite est seulement de sortir le plus rapidement possible de l’hôpital psychiatrique.

Il m’a fallu tout de même 7 hospitalisations pour écrire ceci. Je te laisse ici mon : bipohypermaniac@gmail.com si jamais tu as envie ou besoin d’échanger plus longuement sur cet univers particulier qu’est l’HP.

W

 


En pleine transformation

Nous sommes le 11 novembre et il est bientôt 11h11 soit 11/11 11:11 et il fait beau… Tout un symbole. Sans pour autant commettre de sur-interprétations ésotériques, j’aime penser qu’il y a des jours et heures propices à une certaine magie. Comment l’expliquer? Je pense tout simplement que le fait que de nombreuses personnes y voit un moment spécial pour méditer, se connecter, prier cela créé une rencontre multiple de bonnes intentions, bonnes ondes, bonnes énergies et décuple les effets de libérations, lorsqu’on y croit! Hé oui, tout repose sur le fait d’y croire en fait. En tout cas, voilà ma logique qui me paraît irrationnellement rationnelle. D’ailleurs, souviens toi de l’heure 22h22 où je t’invitais, lorsque tu surprenais ton horloge à cette heure là, d’envoyer une pensée positive, de te connecter à un réseau spirituel d’amour en même temps que d’autres. Voir l’article 22h22 L’heure révolutionnaire et le partager à tous ceux qui ont envie de croire à un réseau social invisible qui, lorsque l’on s’y connecte, apporte un peu de courage, d’espoir, d’amour.

Amour, amour, amour. Je n’est jamais autant employé ce mot, d’autant plus que je suis célibataire et que je ne suis pas en recherche d’une énième relation amoureuse. Enfin si, je travaille une relation amoureuse avec moi-même étant persuadé que c’est la clé la plus puissante pour toutes guérisons. Une simplicité, oui, et pourtant j’en ai pris vraiment conscience que depuis très récemment, et les effets se ressentent déjà même si c’est un soin qui se pratique quotidiennement au cours de toute la vie et qui nécessite une patience confiante.

Je pense que le texte que je t’ai recopié de Rilke ainsi que l’allégorie de la caverne de Platon ont été un déclic. Voir l’article Platon et Rilke, rois des HS. Ça y est 11h11 est passé, pas de tremblements de Terre, d’illuminations… peut-être est-ce seulement un symbole qui rappelle qu’à chaque minute le monde se transforme, se recrée, que tout est possible. Je me souviens d’une belle phrase d’un grand artiste dont j’ai oublié le nom : « Ferme les yeux, et rouvre les avec un regard nouveau sur le monde », encore une manière de vivre l’instant présent. Revenons à Rilke…

La lecture de Lettres à un jeune poète m’a été d’une véritable aide. Elle m’a permis d’amorcer un nouveau regard sur mes mélancolies, mes moments de solitudes. Grâce à l’écriture de Rilke j’ai compris que la tristesse n’était pas fondamentalement négative, elle était témoin d’une transformation. Une transition, une émancipation qui nécessite une certaine convalescence, une patience. Je dois être patient et accueillir, aimer cette tristesse qui accompagne une libération.

Je vis une mutation de mon être (déclenchée significativement depuis ma dernière forte crise de janvier 2013). Le fait d’en avoir pleinement conscience m’aide à ne pas culpabiliser car privilégié « l’être » demande de suspendre le « faire » et « l’avoir ». C’est donc normal  que j’ai du mal à me projeter dans l’avenir, à faire des choses, à douter, puisque ma personnalité est en profonde transformation. Il ne reste, ce qui est loin d’être facile, qu’à simplement être confiant durant ce voyage vers un nouveau moi. Un nouveau moi, qui dans quelques années, sera si différent du moi d’il y a 3 ans que j’aurai beaucoup de mal à croire à ce conte de fées. D’ailleurs cette métamorphose est douloureuse par nature : quitter une vieille peau troublée n’est pas une Thalasso-thérapie. Parce ce que ce voyage est une traversée vers un nouveau continent, une exploration vers une Terre inconnue. Il n’y a pas de balises, pas de repères qui nous montrent le chemin. Tout simplement parce que l’on chemine vers notre Destin, notre chemin de vie qui est unique. J’aime beaucoup l’image de la personne qui fait une nouvelle trace dans la neige à côté de celle qui a été marqué par le passage d’un grand nombre de voyageurs. J’ai quitté ce sentier commun, pour ma propre trace dans une neige vierge.

J’ai pris conscience aussi récemment que je dois faire attention à ne pas m’attacher à un monde révolu, à mon ancienne peau, que je dois être ouvert au nouveau. Ouvert, rester ouvert, toujours s’ouvrir et Accueillir, accueillir, toujours accueillir. Cela résume peut-être ma philosophie. Aussi, oui je peux douter mais pas douter de mes doutes. Croire fermement à cela.

Pour revenir au sujet fâcheux de ce blog : bipolarité, maladie… Je voudrais dire ici un risque dommageable de vivre ses périodes troublées comme une vulgaire maladie que l’on pourrait comparer au diabète (c’est une comparaison que j’entends beaucoup malheureusement), ce risque serait de croire que nos perceptions durant nos périodes troubles seraient fausses. Non mes perceptions ne sont pas fausses. C’est terrible de croire cela. Croire que notre perception de la vie est fausse seulement parce qu’elle est différente! Nos perceptions sont troublées parce qu’à un moment donnée deux réalités sont en conflits : notre imaginaire et une certaine objectivité. Le but est de concilier les deux. Bon ce paragraphe est hors sujet, m’enfin…

Pour terminer sur la transformation dont les témoins sont la tristesse, la crise maniaque, la dépression, la solitude et bien d’autres. Cette métamorphose de l’être que nous, HS (hypersensibles), sommes plus exposées est aussi le lieu de l’émergence de nos pouvoirs humains enfouis si profond en nous. Ce qui explique l’intensité qui peut avoir dans certains chaos que nous vivons. Il y a quelque chose de très chaud, très intense, presque incontrôlable qui veut se manifester si puissamment que l’on peine à le canaliser. Je pense que cette chose est notre essence, l’essence de la vie, cette poussière d’étoile, l’Amour…

W.


Platon et Rilke, rois des HS

Je suis en train de lire Lettres à un jeune poète de Rilke (1875-1926). C’est la première fois qu’un chapitre d’un livre me frappe si fort que je le relis plusieurs fois. Naturellement, je me sens obligé de partager ce texte si actuel. C’est l’extrait d’une lettre qu’envoie Rilke à un de ces disciples que je t’ai recopié ici, comme pour mieux me l’imprégner. Elle m’est tout bonnement adressée aussi et certainement à toi, à tous :

                       

Borgeby Gard, Fladie, Suède, le 12 août 1904

 » (…)Vous avez eu de nombreuses et grandes tristesses qui sont passées. Et vous dites que même le fait qu’elles aient passé vous a été pénible et fut débilitant. Mais demandez-vous, je vous en prie, si ces grandes tristesses ne vous ont pas traversé plutôt qu’elles n’ont passé? Si bien des choses en vous ne se sont pas transformées, si vous même quelque part, en quelque endroit de votre être, vous n’avez pas changé tandis que vous étiez triste. (…) S’il nous était possible de voir au-delà des limites où s’étend notre savoir (…) peut-être alors supporterions nous nos tristesses avec plus de confiance que nos joies. Elles sont, en effet, ces instants où quelque chose de nouveau à pénétré en nous, quelque chose d’inconnu; nos sentiments font silence alors, obéissant à une gêne effarouchée, tout en nous se rétracte, le silence se fait, et ce qui est nouveau, que personne connaît, se tient là, au centre, et se tait.(…)

Nous sommes seuls, en effet, face à cette étrangeté (la tristesse) qui est entrée en nous ; car, pour un temps, tout ce qui nous est familier, tout ce qui est habituel nous est ravi ; nous sommes, en effet, eu cœur d’une transition où nous ne savons pas nous fixer. C’est aussi la raison pour laquelle la tristesse est passagère(…). Il serait facile de nous persuader qu’il ne s’est rien passé ; mais nous avons pourtant bien changé, comme change une maison où un hôte est entré. (…) Plus nous sommes silencieux, patients et disponibles lorsque nous sommes tristes, et plus ce qui est nouveau pénétrera profondément et sûrement en nous, mieux nous le ferons nôtre.(…) Il est nécessaire – et c’est vers cela que peu à peu doit tendre notre évolution- que nous ne nous heurtions à aucune expérience étrangère, mais que nous ne rencontrions que ce qui, depuis longtemps, nous appartient.(…)

Et si nous en revenons à parler de la solitude, il sera toujours plus évident que ce n’est là, au fond, rien qu’on puisse choisir ou quitter. Nous sommes solitaires.(…) Celui qui, presque sans préparation ni transition, est transporté d’une pièce familière au sommet d’une haute montagne devrait éprouver quelque chose d’analogue ; un sentiment d’insécurité inouïe, le sentiment d’être livré à l’indicible l’anéantirait presque. Il s’imaginerait tomber, ou se croirait propulsé dans l’espace, dispersé en mille morceaux : quel mensonge extraordinaire son cerveau ne devrait-il pas inventer pour rattraper la situation de ses sens, et pour en rendre compte. C’est ainsi que se transforment pour qui devient solitaire toutes les distances, tous les critères. Beaucoup de ces transformations se produisent subitement, et elles ont pour conséquence de faire apparaître, comme chez cet homme soudain transporté au sommet d’une montagne, des représentation insolites et d’étranges sensations qui semblent se développer au delà du supportable. Mais il est nécessaire que nous fassions aussi cette expérience-là. Il nous faut accepter notre existence au si loin qu’elle peut aller ; tout et même l’inouï doit y être possible. C’est au fond le seul courage qu’on exige de nous ; être courageux face à ce que nous pouvons rencontrer de plus insolite, de plus merveilleux, de plus inexplicable. (…) Ce n’ est pas en en effet, la paresse seule qui est responsable du fait que les rapports humains se répètent sans innovation et de manière si indiciblement monotone ; c’est plutôt la crainte d’une quelconque expérience inédite et imprévisible qu’on s’imagine  ne pas être de taille à éprouver. Mais seul celui qui est prêt à tout, celui qui n’exclut rien, pas même ce qui est le plus énigmatique , vivra la relation à quelqu’un d’autre comme si elle était quelque chose de vivant, et y jettera même toute son existence. Car si nous nous représentons cette existence individuelle comme une pièce plus ou moins vaste, on constatera que la plupart n’ont à pris à connaître qu’un recoin de leur espace, une place devant la fenêtre, un trajet où ils vont et viennent. Ainsi ont-ils le bénéfice  d’une certaine sécurité. (…)

Nous n’avons aucune raison d’éprouver de la méfiance à l’égard de notre monde, car il n’est pas tourné contre nous. S’il recèle de peurs, ce nos peurs ; des abîmes, ils sont nôtres ; présente-t-il des dangers, nous devons tenter de les aimer. (…) Peut-être tout ce qui est effrayant est-il, au fond, ce qui est désemparé et qui requiert notre aide. (…) Vous devez alors penser que quelque chose se produit en vous, que la vie ne vous a pas oublié, qu’elle vous tient en main et ne vous laissera pas tomber. Pourquoi voudriez-vous exclure de votre vie une quelconque inquiétude, une quelconque souffrance, une quelconque mélancolie(…)? Pourquoi vouloir vous persécuter avec la question de savoir d’où provient tout cela, où tout cela vous mène t-il? Puisque vous savez que vous êtes en pleine transition, et que vous ne désirez rien tant que vous transformer. Si quelque processus en vous est morbide, sachez alors que la maladie est le moyen par lequel un organisme se débarrasse de ce qui lui est étranger ; il faut, dans ce cas, simplement l’aider à être malade, à faire en sorte que sa maladie se déclare et se développe tout à fait, car c’est ainsi qu’il progresse.(…) En vous, il se passe actuellement tant de choses ; soyez patient comme un malade, et confiant comme un convalescent, car peut être êtes-vous l’un et l’autre. Et davantage : vous êtes aussi le médecin qui doit veiller sur lui-même. Or il y a, dans toute maladie, bien des jours où le médecin ne peut rien faire qu’attendre. (…)

Ne vous examinez pas trop. Ne tirez pas de trop hâtives conclusions de ce qui vous arrive, laissez-le tout simplement se produire (…).

Vous rappelez-vous à quel point cette vie a voulu sortir de l’enfance, aspirant aux « grandes choses »? Je constate aujourd’hui que, à partir de grandes choses, elle continue d’aspirer aux plus grandes. C’est pourquoi elle ne cessera pas d’être difficile, mais c’est aussi pourquoi elle ne cessera de croître.

Et si j’ai encore une chose à vous dire, j’ajouterai ceci : ne croyez pas que celui qui cherche à vous réconforter vit sans difficulté parmi les mots simples et tranquilles qui, parfois, vous font du bien. Sa vie est pleine de peine et de tristesse, et reste très en deçà de la vôtre. S’il en était autrement, il n’eût jamais su trouver ces mots.

Votre

Rainer Maria Rilke » 

C’est génial, voilà que celui qui est présenté comme le plus grand poète par certains est un auteur qui me ressemble! Ce qui est plutôt normal vu la portée universelle de ces textes…

Cher lecteur ne quitte pas encore cet article. Voilà maintenant l’allégorie de la caverne de Platon racontée en 5 minutes ici : Allégorie de la caverne.

Ces vérités là me touchent car elles sont remplies d’espoir. C’est un bonheur aussi de savoir que Platon et Rilke illustre mes croyances et me confortent dans mes visions de la souffrance, du trouble comme transformation, de l’évolution. Je retrouve mêmes les caractéristiques de la bipolarité et de la folie dans ces deux œuvres. La dépression est très présente lorsqu’ils parlent de souffrance, douleur, tristesse mais aussi la crise maniaque avec l’image de la montagne chez Rilke et celle de la lumière qui éblouie chez Platon. Dans l’allégorie de la caverne, l’homme, une fois qu’il redescend dans la caverne après avoir goûté à la réalité authentique, est rejeté par les autres, incompris, et tué… Comme moi, comme nous, à l’exception près de ne pas avoir été totalement tué malgré le fait que lors de l’hospitalisation, il y a des choses en nous qui se meurent.

J’ai écouté une conférence donnée par des professeurs qui expliquaient cette allégorie (ici), j’ai été surpris que ces chercheurs littéraires aux travaux souvent compliqués avaient une interprétation très simple avec laquelle je suis d’accord de ce mythe.

Le problème de cet homme qui se libère, c’est qu’il sort seul de la caverne. Il n’a personne avec qui partager sa découvert, un regard extérieur qui la confirme, sans être pris pour un fou et il lui faudrait une stabilité surhumaine pour ne pas devenir fou, seul avec cette réalité. Tout ça pour dire, que nous avons la chance aujourd’hui de ne pas être seul avec cette expérience. Nous sommes beaucoup à être sorti de la caverne, à avoir été ébloui par une réalité brillante et inconnue, à être redescendu dans la caverne (la réalité commune, la société) et à être désormais incompris, confus, seul, hors service, hors système, hyper sensible, HS. Je pense que cette opportunité est très nouvelle dans l’Histoire. Cette opportunité de pouvoir se rassembler, échanger se rencontrer entre héros et héroïnes de Socrate.

C’est une certaine Sophie et un certain Miloud, deux HS qui ont eu leur petit voyage en dehors de la caverne, qui m’ont mis ce texte et cette vidéo sous les yeux. Comme quoi, il y a une véritable force créé par nos rencontres.

Si tu as lu jusqu’ici bravo! Tu as toute ma reconnaissance 🙂

Bon week end,

W.

 


Journal-Nouveau Départ

C’est de la terrasse de mon nouveau quartier que je te partage les dernières nouvelles. Un thé, un clavier et quelques doigts frigorifiés..

Beaucoup de nouveauté avec cet emménagement: cette nouvelle vie en colocation, ces différents projets et rêves qui prennent formes (Je t’invite dans mes rêves). Premier bienfait de ce nouveau cadre : une meilleure hygiène de vie. Là où je peinais à me coucher et à me lever tôt, depuis que j’ai changé de murs, cela me demande beaucoup moins d’effort pour respecter la pierre angulaire du soin : mon sommeil. Un rythme de vie plus sain et des projets, voilà un très bon traitement pour sublimer la bipolarité. Donc oui, l’hygiène de vie est une condition importante pour se soigner, mais il y a des conditions insoupçonnées qui favorise une bonne hygiène de vie. Bref, regardons toujours plus loin…

Tout ça pour dire que je vais bien. Même si des petits rien du quotidien peuvent encore m’embêter, je mets ça sur le compte du changement d’air, le temps de m’habituer à cette nouvelle vie.

Il y a certaine choses qui m’ont ennuyé cette semaine. Après trois entretiens avec des membres d’une loge de la franc maçonnerie (Je t’avais partagé ici il y a quelques mois mon souhait d’intégrer cette association), on m’a annoncé cette semaine que m’a candidature avait été rejeté. Le fait que je sois hypersensible et pas encore suffisamment stable les a refroidi. Je les comprends. Et je ne peux que me réjouir d’avoir été sincère avec eux et de voir qu’au delà de la société, même une société discrète rejette, par peur ou mauvaises connaissances, les personnes aux différences marquées et affirmées. Cet acte là signe aussi le fait que la franc maçonnerie n’est pas une secte. Etant donnée qu’il est très facile d’entrer dans une secte surtout lorsqu’on est fragile et influençable. Voilà, donc si tu as des préjugés comme j’avais avant au sujet de la Franc maçonnerie, renseignes toi et use de ton avis critique pour participer au grand travail de destigmatisation qui reste à faire dans notre société. Ne stigmatisons pas là où l’on ne veut pas être stigmatisé. Et enfin, si ceux qui m’ont refusé l’entrée me lisent,  mon égo vous dit : « Tant pis pour vous! » Mais il est plus juste de vous remercier, peut être étais-je dans cette démarche en train de me disperser.

Les projets annoncés sur l’article précédent l’article précédent vont bon train (Je t’invite dans mes rêves). Doucement mais sûrement. Même si l’idée de chaque projet à l’origine vient de mon génie, chacun d’entre eux évolue et évoluera de manière participative. Ce ne sont pas des projets personnels et s’ils avancent actuellement c’est dû à l’implication d’autres personnes. Ces personnes sont des lecteurs de ce blog. Ce sont des HS (hypersensibles). Tout ça pour dire que le succès de ces projets, dont j’en suis persuadé, est étroitement lié au succès de ce blog. Au passage, je crois bien que je suis blogueur bipolaire littéraire le plus lu (selon le gros Google), merci bande de fous!

J’en profite pour rappeler le café HS. Tous les lundis en fin d’après midi, je t’invite à prendre un café à deux en toute simplicité (même si tu es irrésistible, je n’oublierai pas l’essence de ces rencontres!) pour échanger sur nos vies de HS. Ceci en plus des rencontres mensuelles (la prochaine à Strasbourg, j’ai hâte!!). Toujours dans le but de rompre avec l’isolement. Si tu es prêt à traverser l’écran n’hésites pas! Sinon, c’est toujours avec plaisir que j’échangerai par mail. bipohypermaniac@gmail.com.

Enfin, mon écriture ce lance à la conquête du genre de la nouvelle. J’ai écrit ce week end ma première micro nouvelle que j’ai envoyé à Radio France dans le cadre d’un concours. Je suis motivé pour exploiter ce filon là. Ne sois pas surpris si je suis reçu par France culture pour recevoir un prix et une collection de bouquins en cadeaux! Oui, parce qu’en fait, j’écris aussi en dehors du blog, et j’écrivais déjà avant. Beaucoup de poèmes, une pièce de théâtre, un roman de science fiction en cours… voilà mon CV d’écrivain. D’ailleurs, je pense m’orienter vers un métier alimentaire dans le domaine de l’écriture (écrivain public, rédacteur de contenu web ou autres taff un peu chiant mais qui auront le mérité d’aiguiser mes mots et de plus pratiquer).

Voilà pour l’état des lieux.

Je vais m’atteler la semaine prochaine à écrire un petit billet tous les jours pour tenter d’exposer ce qui se passe dans l’esprit d’un HS lorsqu’il est soumis à un changement de vie. Tout cela pour l’utilité publique. Ces articles seront d’ailleurs subventionnés par le ministère de la santé. En attendant les tee shirts!

Je te souhaite une très bonne semaine pleine de petites réjouissances.

Patience et espoir,

W.


La famille du bipolaire

Je pense que si l’on déclare de forts troubles de l’humeur, une instabilité mentale, c’est que notre famille n’est pas tout à fait zen… Le sage amérendien Don Marcelino entre autres m’a justement enseigné que notre premier travail sur Terre était de purifier notre arbre généalogique. Prendre conscience de tous les troubles, les nœuds, les souffrances transmises inconsciemment de générations en générations et de les soigner afin de ne pas reproduire les mêmes schémas que nos parents. Ainsi, nos enfants n’hériteront plus de tous ces maux. Dans l’idéal. Bref, je vais écrire sur ma famille ici.

D’abord, ma mère est une hyper sensible. Nulle doute là dessus. Eternelle inquiete pour ces six merveilleux enfants à qui elle est liée affectivement très intensément. Par ce lien elle me partage à moi et à ma fratrie tout son amour mais aussi toute son inquiétude et toute sa souffrance cachée qu’elle a elle même héritée.

Pour le moment je suis l’enfant qui en a souffert le plus visiblement avec ce joli diagnostique et toutes mes crises. Elle est en partie responsable de mes grands troubles passés. Mais attention, elle n’est pas fautive. Je lui pardonne, oh oui je lui pardonne. Persuadé que c’est la première chose à faire. Ce n’est pas facile, car je suis le seul dans ma famille sur ce chemin spirituel que je dissimule en grande partie encore pour ne pas nourrir leur inquiétude. En effet la spiritualité est un terrain non sans risque pour quelqu’un de fragile psychiquement. Je suis donc le seul dans la famille qui a réellement conscience de ces schémas de souffrances qui circulent dans la famille depuis tout temps. Cela m’affecte profondément et explique toute la difficulté que j’ai eu pour trouver ma place dans ma famille.

Aujourd’hui, je parviens à exprimer clairement cela. Le plus difficile appartient au passé. Aujourd’hui je sens, je vois même une transformation plus ou moins consciente qui se vit dans ma famille. C’est magnifique, mais cela ne se fait pas sans résistance. Tant les peurs sont ancrées si profondément. Tout va mieux depuis que j’ai compris que le meilleur moyen d’action étant dans la prière, la méditation et non dans une communication directe. Ces fortes connexions troubles affectives font que la communication est plutôt brouillée. Alors je préfère ne rien dire ou dire peu que dire mal. Je lis d’ailleurs en ce moment un livre sur la communication non violente pour soigner les mots que j’utilise avec eux. C’est un vrai champ de bataille intérieur. Peut être ma dernière grosse épreuve sur mon chemin : me réconcilier profondément avec ma famille. Qui se concrétisera dans le gain de la confiance de ma mère. Car la pauvre, elle subit tellement ce passif de souffrance, que jusqu’ici elle ne parvient pas à avoir confiance en ces enfants. Nous sommes toujours ces petits oisillons et c’est si dur pour elle de nous laisser voler de nos propres ailes. Le fait qu’elle soit infirmière et du coup notre première soignante rend encore plus difficile cette autonomie.

La première semaine en Bretagne se termine ce week end. Cette semaine, nous étions quatre sur six enfants présents. Deux de mes frères sont repartis aujourd’hui. Une sœur arrive demain pour la deuxième semaine avec ma petite nièce. Le dernier ne sera pas de la partie cet été étant donnée qu’il est en Irak. Beaucoup d’émotions pour ma mère… Surtout que ce dernier leur a annoncé hier au téléphone qu’il entendait les bombardements américains! Tout ça pour dire que ce matin, il n’a fallu à ma mère pas grand chose pour pleurer discrètement. Avec mon père ils sont partis tout à l’heure pour la plage et devant le refus de ma dernière petite soeur et moi de les accompagner, les larmes ont coulé. Elle s’est gardée de nous les montrer. Je l’ai senti, et directement, dans ma douche, je me suis mis à pleurer aussi. Voilà, c’est pour t’illustrer, la sensibilité présente.

Je suis heureux aujourd’hui de pouvoir partager à ce sujet. Cela montre bien une évolution, et un mieux être à venir prochainement.

Je part méditer avec ces mots que je répète beaucoup en ce moment : Pardon, merci, lumière, amour.

Et je t’exprime ceux là particulièrement pour toi : Patience et Espoir.

Bon week end

A bientôt

W.